Gelson Fernandes, un vaillant soldat s'en va

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Un vaillant soldat s’apprête à tirer sa révérence. Au terme de la présente saison, qui devrait pouvoir se terminer normalement en Allemagne, où il évolue sous les couleurs de l’Eintracht Francfort, Gelson Fernandes actionnera donc le clap de fin d’une carrière entamée il y a de cela dix-sept ans sous le maillot du FC Sion, son club formateur. De 2003 à aujourd’hui, ses crampons ont été ceux d’un globe-trotter, joueur hyperactif ayant traversé cinq pays sans compter le sien, la Suisse, en imposant pratiquement partout son jeu, sa griffe et son incroyable capacité d’adaptation. De Gelson, enfant du Cap-Vert arrivé en Valais cinq ans après sa naissance, il restera sans doute cela, cette qualité de se fondre dans n’importe quel groupe, cette faculté à savoir se faire apprécier par ses coaches comme par ses pairs. Ce n’était pas le joueur le plus exceptionnel de sa génération ni le plus talentueux, mais c’était un vaillant soldat sur le terrain, un bon soldat en dehors aussi, qui ne formulait jamais un mot plus haut que l’autre; une sorte de pain bénit pour un coach, un repère dans un groupe, le liant que tout technicien aimerait posséder sous ses ordres.

Gelson Fernandes, qui avait quitté Tourbillon pour une première expérience à l’étranger du côté Manchester City, n’avait pas la technique de Xherdan Shaqiri. Il n’avait pas le sens de l’anticipation et le calme de Johann Vogel. Mais il a été lui, et c’était déjà bien: travailleur, humble, intelligent, aussi. Une qualité sans laquelle quoi il n’aurait pas pu dire «stop» avec cette «jolie petite» carrière derrière lui. Une carrière qui lui a presque permis de tout voir, de tout vivre. Surtout son rêve de gosse, qui était de devenir footballeur professionnel. «Mais cette vie, ce n’est pas que shooter dans un ballon, puis rentrer chez soi», relativisait-il il y a dix ans.

Dix ans. Cela nous renvoie d’ailleurs à son plus grand souvenir en équipe nationale; ce but victorieux contre l’Espagne lors de la Coupe du monde 2010. Une réussite aussi belle et émouvante sur le moment qu’inutile ensuite, la Suisse d’Ottmar Hitzfeld, incapable de poursuivre sur ce départ canon, ayant échoué à se qualifier pour les 8es de finale de ce Mondial, remporté par… les Ibères. Il y a eu, dans ce but sorti d’une action rocambolesque, un peu tout ce qu’était le joueur Gelson Fernandes: de l’abnégation, un don de soi, l’énergie du désespoir, l’envie de ne surtout pas échouer… «Ce que j’ai fait ce soir, j’en réaliserai sans doute l’importance lorsque j’arrêterai ma carrière», souriait l’intéressé devant les micros, le 16 juin 2010. Ce sera donc pour bientôt. Mais l’histoire aurait été plus belle encore, si la Nati n’avait pas manqué la marche face au Chili puis au Honduras. Bref, on ne refera pas cette histoire-là...

S’il n’y a pas eu de vie, après cela, pour la bande de Hitzfeld dans ce Mondial sud-africain, le Valaisan a, lui, poursuivi son bonhomme de chemin, et plutôt joliment. Entre Saint-Etienne, Chievo Vérone, Leicester City, Udinese, Sporting, un retour à Sion, Freiburg, Rennes, puis l’Eintracht Francfort, il a su marquer son territoire. Il a su se faire voir. Séduire le grand public. Se faire apprécier par ses partenaires comme par les techniciens qui l’ont couvé, dans différents championnats. Sa maîtrise des langues et sa bonne humeur se sont mises au service de plus d’un effectif.

Les 67 sélections en équipe nationale que Gelson Fernandes a cumulées, alors qu’il n’a jamais été un titulaire en puissance, montrent combien il était précieux pour un groupe. Le soldat s’en va donc dans quelques semaines. «J’ai écouté mon coeur», dit-il. Il l’écoutera aussi pour décider de son avenir. Qui ne devrait pas se tenir très éloigné du ballon rond.

 

Arnaud Cerutti, 18 mai 2020

 

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