• Philippe Senderos a laissé une trace

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    Il a actionné le clap de fin ce lundi, mais pour certains c’est comme s’il était parti depuis un bon moment déjà. Non, ce n’est pas faire injure à Philippe Senderos que d’avoir quelque peu «oublié» ses derniers mois de footballeur. Il faut sans doute davantage y voir une forme de respect, comme dans l’épilogue d’une relation amoureuse de laquelle on tient à ressortir en ne conservant que les bons moments.

    Et ma foi, ceux de ce «bon vieux Philippe» remontent à quelques années déjà. Mais quels souvenirs, bon sang!

    Oui, le Genevois a été de ses quelques rares mais si précieux personnages qui ont sonné la révolte du football suisse, qui ont rallumé sa flamme au début des années 2000, alors que celui-ci se reposait sur son bonheur inachevé de l’ère Roy Hodgson.
    Défenseur costaud et courageux - qui mettait la tête là où d’autres n’auraient pas mis le pied - et vrai meneur d’hommes en dépit sa timidité en dehors des terrains, Senderos a donné un nouvel élan au foot helvétique. D’abord en portant les M17 vers un merveilleux titre européen en 2002 puis en étant l’un des piliers de la magnifique volée de Köbi Kuhn, qui connut son fait d’armes en 2006.

    2006, d’ailleurs, c’est sans aucun doute la plus grande année de l’ancien gamin de Servette, alors au sommet de son art avec Arsenal. Personne ne peut avoir oublié son fameux coup de tête, ce fabuleux coup de casque, un soir de juin contre la Corée du Sud, qui envoya la Nati en 8es de finale du Mondial allemand. Nez en sang mais tête haute, le Genevois, déjà héroïque en barrages contre la Turquie quelques mois auparavant aux côtés du formidable Patrick Müller, avait sonné la charge et montré la voie à suivre, avec ce doigt pointé vers le ciel. Que ce fut beau!

    Alors que la Suisse n’a ensuite pas su poursuivre sur de rythme - quelle horreur, ce match contre l’Ukraine! - Philippe Senderos a lui aussi connu un coup d’arrêt, au point de donner l’impression de ne s’être jamais complètement remis de cet été un peu dingo. Comme si, au moment où tout pouvait se jouer, la poisse avait décidé de ne plus jamais le lâcher.

    Privé de finale de Ligue des champions en 2006 par une blessure et par Arsène Wenger, il vit là sa relation avec l’Alsacien se ternir quelque peu, même si ce dernier restera longtemps considéré comme son deuxième papa… L’élément plus que prometteur de 21 ans, à qui l’on promettait la lune, a vu son ascension freinée, pour ne plus jamais la reprendre de la même manière ensuite.

    La faute à des blessures oui, mais aussi à des contextes pas forcément évidents. Son départ pour l’AC Milan, devenu un panier de crabes, sera le début de la fin. En dépit de quelques sursauts d’orgueil, suffisants pour lui permettre de rester international, il ne retrouva jamais de sa superbe, entre Everton, Fulham, Aston Villa et Valencia, avant cette fin poussive qui le vit porter les maillots de GC, des Rangers (avec un flop d’emblée contre le Celtic…), des Houston Dynamo puis de Chiasso, avec lequel il a donc disputé, le week-end dernier, l’ultime match de sa carrière.

    Une vie sportive qui, désormais, s’écrit au passé. Et dont l’on retiendra que ses débuts furent immenses, parmi les plus beaux du football suisse. On se rappellera de tous ces grands moments, de l’impression dégagée par une génération qui, elle, a fait rêver les Suisses. Par sa force de caractère, Philippe Senderos en fut l’un des leaders. De ceux qui, aujourd’hui, feraient beaucoup de bien au groupe en place.

    La rage au cœur, la rage au ventre, le Genevois a laissé l’une des plus belles images; celle d’un défenseur qui était prêt à tout donner, à s’arracher, pour que son pays se rapproche des sommets. La Suisse s’en souviendra. Au moment de raccrocher les crampons, et même s’il n’est certainement pas allé au bout de ses immenses possibilités, Philippe Senderos peut bomber le torse. Sa carte de visite est belle et, surtout, il a laissé une trace.

    Sur la tête d’un défenseur sud-coréen bien sûr, mais aussi dans l’histoire du foot suisse.

     

    Arnaud Cerutti, le 16 décembre 2019

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