Roger Federer: ne pas s'interdire de rêver

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Hier soir au Masters de Londres, Roger Federer a tout simplement laminé Novak Djokovic, au fil d’un récital qui rappelle que Noureev avec une raquette en main est bel et bien Bâlois. Il y a eu de tout, et même un peu plus encore, dans la performance propre et sans bavure signée par le Maître, jeudi à l’O2 Arena. Preuve en est qu’alors qu’il jouait son trône mondial et chassait un autre record personnel, le Serbe n’y a vu que du jeu, étouffé et pris à la gorge par un adversaire en taille patron.


Quatre mois pile-poil après sa mortifiante défaite en finale de Wimbledon contre cet impitoyable Nole, Federer a en quelque sorte pris sa revanche. Nul doute d’ailleurs que ses idées, sa justesse tactique et technique ainsi que sa vitesse d’exécution de ce Masters sont nées sur le cimetière de ses illusions de l’été dernier.


Du 14 juillet au 14 novembre 2019, la plaie de Wimb et de ces deux balles de match gaufrées ne s’est toutefois pas refermée, tant l’Histoire - avec un grand H - semblait au bout de cette finale totalement dingue, quarante-huit heures après un succès sur Rafael Nadal. Mais au moins cette douleur se retrouve-t-elle quelque peu atténuée pour le No 3 mondial, par la grâce de cette leçon de réalisme donnée à son infernal adversaire.

Mais si la rivalité qui oppose Federer à Djokovic nourrit encore et toujours les débats et amplifie chaque face-à-face, il faut voir au-delà de ce que représente ce succès pour décrypter ce que réalise aujourd'hui l’homme aux 20 titres majeurs. En quelques heures, d’une prestation tristounette contre Dominic Thiem à ce troisième match royal face à Djoko, le vétéran a su réveiller l’extraordinaire compétiteur qui réside en lui. Rares sont les joueurs capables de passer ainsi du tout au tout. Seuls les champions ont ça en eux.


«RF», 38 ans, n’a pas laissé ce «truc en plus» au bord du chemin, au fil de sa majestueuse carrière, de tous ses titres empilés ou de ses propres bonheurs extra sportifs que représentent notamment son mariage réussi et ses quatre enfants. Cette fameuse «envie d’avoir envie» vit au contraire toujours au plus profond de Federer. Il continue de s'entraîner, de se battre et de combattre pour ces matches-là, pour ces émotions-là, bien que parfois contrariées - et comment - par des dénouements larmoyants. Souvenez-vous l’été dernier...


Bref, n'en parlons plus, ou plus trop, puisque quatre mois ont passé et que Roger Federer lui-même assure n’avoir plus été hanté par les fantômes de ce Wimbledon 2019. La manière dont il a empoigné son rendez-vous d’hier et saisi ses opportunités confirment que le doute n’était pas en lui durant ce troisième match de poules du Masters. Mais qu’en serait-il s’il devait retrouver un jour Djokovic pour un grand titre en jeu, au meilleur des cinq sets?

La question peut encore se poser aujourd’hui, car en dépit de son âge «avancé», «RF» sera toujours là et bien là en 2020. Non pas pour jouer les seconds couteaux, mais avec la ferme intention de se battre pour les grands trophées. Avec la détermination qui accompagne ses ambitions.

Alors bien sûr, avec la montée en puissance (enfin!) de quelques jeunots, la résistance de Nadal et la résilience de Djokovic, le chemin ne sera pas plus simple qu’avant, bien au contraire. Reste qu’au vu de ce qu’il a présenté hier soir - fut-ce au meilleur des trois sets - Roger Federer a le droit de rêver. Ou en tout cas ne peut-il pas se l’interdire, même s'il devait perdre en demi-finales ce samedi.


D’ailleurs, dans le monde dans lequel on vit, qui donc oserait lui reprocher de laisser ses nuits être bercées par quelques songes, aux odeurs d'Open d'Australie, de Wimbledon ou de Jeux Olympiques? Après tout, cela vaut toujours mieux que de ressasser les cauchemars de la révolution serbe du 14 juillet dernier.

 

Arnaud Cerutti, le 15 novembre 2019

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Commentaires

  • "...laminé", non mais sérieux !

    C'est pour cela qui si mal joué ses deux premiers matches.

    Un tournoi du grand chelem et le Masters, y'a pas comparaison.

    Rien sur le fait que Djokovic est complètement passé à côté et à foiré son match !

    Federer est effectivement un second couteau, ce qui explique qu'il a eu toutes les peines
    du monde à sortir l'Italien et qui ne gagnera que des miettes. Il va dégringoler au classement aussi.

    Il aurait dû arrêter comme il l'avait promis.

    Donc un article très objectif.
    La groupie est de retour qui ne vit que dans le fantasme de son amoureux transi ! Juste triste.

    T'inquiète qu'à leur prochaine rencontre le Serbe montrera qui est le patron !

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