L'oeil sportif

  • Le tennis, bientôt "invendable"?

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    «Le tennis féminin est bien moins facile à vendre que le tennis masculin. Le circuit ATP règne totalement sur ce sport et étouffe le concurrence. Beaucoup de gens ne réalisent pas combien le circuit WTA n’est tout simplement pas commercialisable.» La phrase est signée Marat Safin, 40 ans, ancien No 1 mondial. Le Russe l’a lancée le 1er mai dernier, au détour d’un dialogue sur Internet avec son compatriote Mikhail Youzhny, ex-No 8 ATP. D’aucuns s’en sont émus, sans doute car le politiquement correct qui prévaut un peu trop par les temps qui courent aurait sans doute dû pousser le lauréat de l’US Open 2000 à faire preuve d’un peu de retenue dans ses propos. Mais comment lui donner tort?

    Ce que Safin - dont la sœur Dinara Safina fut elle aussi No 1 mondiale, en avril 2009 - a décrit est une implacable réalité: la cote du tennis féminin auprès des sponsors et des diffuseurs est très basse. Même si certains matches ont, ces dernières années, atteint un très, très haut niveau, qui n’avait rien à voir avec celui des prétendues grandes affiches masculines, le grand public ignore en bonne partie ce qui se trame chez ces dames. «Franchement, je serai incapable de vous citer les dix meilleures joueuses actuelles», a ajouté Safin. Et vous, les connaissez-vous?

    Il est vrai qu’en dehors de Serena Williams, qui a marqué son époque, la WTA a perdu plusieurs de ses figures ces derniers mois, ces dernières années. Même si elle en énervait plus d’un et plus d’une, Maria Sharapova était une sacrée ambassadrice pour le tennis. Martina Hingis et Anna Kournikova l’ont également été, mais cela commence à remonter. Aujourd’hui, les personnalités on ne peut plus lisses d’Ashleigh Barty, Karolina Pliskova, Sofia Kenin ou Kiki Bertens, toutes membres du Top-10, ne sont absolument pas «séductrices». «Sans figures marquantes, sans joueuses charismatiques, il n’ y a rien à vendre», appuie Marat Safin. Des propos corroborés par Youzhny: «Je travaille toujours dans le milieu et moi non plus je n’arrive pas à nommer de tête le Top-10 du tableau WTA

    S’il est évidemment clair que le tennis féminin n’a actuellement pas grand-chose à offrir, il s’agit pourtant de prendre un peu de hauteur avec ce qu’ont dit les deux Russes. Il se trouve en effet que la menace d’un effondrement de popularité menace aujourd’hui plus que jamais le tennis masculin. Avec des Roger Federer (39 ans cette année), Rafael Nadal (34), Novak Djokovic (33), Andy Murray (33), voire encore Stan Wawrinka (35) - vraies poules aux œufs d’or - qui n’ont plus quantité d’années à «tirer», l’ATP doit se méfier. Son futur s’annonce terne, les joueurs marquants étant sur le point de déserter le devant de la scène.

    Cette problématique enfle encore dans le contexte actuel, puisqu’aucun sport n’apparaît plus menacé par l’arrêt de la société que le tennis, qui ne devrait plus pouvoir reprendre internationalement parlant avant janvier 2021 au mieux. Qui plus est, ce sport dans son ensemble, qu’il soit masculin ou féminin, est en nette perte de vitesse dans de nombreux pays, y compris les plus «vendeurs» de la fin du siècle dernier, comme les Etats-Unis ou la France.

    La petite balle jaune se voit donc plongée dans un long tunnel d’incertitudes. Les «guéguerres» menées par ses instances ne l’aident pas. Ni les révolutions envisagées (matches en 3 sets gagnants partout, sets en quatre jeux, etc…). Bientôt, c’est tout un sport qui risque de devenir invendable.

    Arnaud Cerutti, le 2 mai 2020

     

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  • Saint-Gall-Servette: l'inattendue affiche de l'année

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    Saint-Gall-Servette, telle sera donc la vraie affiche de ce début d’année en Super League. Rares sont ceux qui auraient cru la chose possible il y a encore sept mois en arrière, lorsque sonnaient les trois coups de la saison 2019/2020 et que Young Boys passait pour le favori No 1 à sa propre succession, avec le FC Bâle sur ses talons. On savait, bien sûr, que les Genevois pouvaient proposer du beau jeu et dessiner assez rapidement leur maintien. On était alors conscients, aussi, que les Brodeurs avaient les moyens de s’installer dans le quatuor de tête pour viser une place européenne. Mais de là à voir le FCSG en tête du championnat le 2 février, avec un SFC 4e à seulement trois points du FC Bâle, il y a un pas que même leurs entraîneurs respectifs n’auraient certainement pas osé franchir.

                Et pourtant, dimanche au Kybunpark, Saint-Gall et Servette vont croiser le fer dans un match qui pourrait être l’un des plus plaisants de l’exercice. Ces deux équipes, en effet, sont celles qui cultivent les deux plus beaux footballs du pays. Joueuses, offensives et bien organisées, elles ont les arguments pour signer un très joli printemps et aller peut-être au-delà de leurs ambitions. Il s’agirait de gagner le titre pour les Alémaniques et de devenir Européens pour les Romands. A moins que ce duel ne brise l’élan de l’un ou de l’autre? La question se posera suivant le dénouement de cette rencontre. Pour l’heure, chacune des deux formations aspire à poursuivre sur sa lancée, peu importe qui se trouve en face.

                Le FC Saint-Gall a montré qu’il allait encore falloir compter sur lui en cette deuxième partie de saison. Il a déjà prouvé que son automne fracassant n’était pas qu’une histoire de chance. La manière avec laquelle il a joué le coup dimanche à Bâle, dans un match gagné à la dernière seconde mais qu’il a parfaitement maîtrisé, a administré la preuve qu’il avait davantage d’outils en magasin que ce que ses adversaires soupçonnaient.

    Il faut voir en cette réussite la patte remarquable de l’entraîneur allemand Peter Zeidler. Homme intelligent, posé et modeste, l’ancien coach du FC Sochaux effectue un travail remarquable avec ses ouailles, qui forment pourtant la plus jeune équipe du pays. Formateur dans l’âme, il a trouvé les ressources pour en faire un collectif de rêve, au sein duquel chacun tire à la même corde que le partenaire. Et dire qu’il y a trois ans en arrière, ledit Zeidler n’était soi-disant par armé pour faire gagner la Coupe de Suisse au FC Sion…

                L’avis de Christian Constantin ne compte plus désormais, comme il ne compte pas davantage aux yeux d’Alain Geiger, auquel le président valaisan n’a jamais songé à confier les rênes de son club, qui tire pourtant la langue depuis longtemps. Presque dénigré par certaines pensantes du foot suisse à une époque, Geiger a réussi sa reconstruction grâce à la confiance que lui ont témoignée les dirigeants du Servette FC, mais aussi grâce à sa force de caractère, à son intelligence. Malgré sa longue absence des pelouses helvétiques et malgré son âge qui ne fait plus de lui un «technicien DVD, réseaux sociaux» (tiens, et si c’était sa force?), les Genevois lui ont offert une possibilité de rebondir. Le brave ancien défenseur l’a saisie de manière remarquable. D’abord en bâtissant un joli groupe à Genève, en lui conférant des idées de beau jeu, puis en le faisant monter en Super League.

                Sauf qu’une fois arrivé là, le perfectionniste Geiger a décidé de poursuivre son chemin, en renforçant encore cet effectif, en continuant à miser sur l’offensive et à faire preuve de culot. Bref, en gagnant avec la manière. Ce qu’il réalise avec le Servette FC est juste admirable. Il ne reniera pas ses principes dimanche à Saint-Gall. Et peu importe si lors de son dernier voyage en Suisse orientale, le SFC en a pris trois dans les bagages. Après tout, soit on gagne, soit on apprend, non?

     

    Arnaud Cerutti, le 4 février 2020

     

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