L'oeil sportif

  • Le double défi de Murat Yakin

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    Ainsi donc, Murat Yakin pourrait/devrait être le prochain sélectionneur de l’équipe de Suisse. Son nom ne figurait pourtant pas parmi les premiers qui venaient en tête au moment de chercher l’identité du successeur de Vladimir Petkovic. Il y a une demi-décennie pourtant, nul doute que l’ancien défenseur bientôt âgé de 47 ans aurait été en tête de liste, parmi les suiveurs comme chez les décideurs, mais de l’eau avait fini par couler sous les ponts ces dernières années et, paradoxalement, par éloigner son profil d’un potentiel siège de sélectionneur national. Parce qu’avec le temps, le frère aîné de Hakan, autre ancien international bien connu, a essuyé quelques échecs qui ont écorné son image. A cela s’est ajoutée l’idée que l’homme n’est en rien un bourreau de travail. Comme à son époque sur le terrain, en réalité, ce qui ne l’avait pas empêché de faire une fort belle carrière. Mais il est vrai que son passage sur le banc du FC Sion avait fini par salir sa crédibilité.

    Après son aventure valaisanne, durant laquelle rien ne s’est vraiment passé comme il l’aurait espéré, durant laquelle rien ne s’est vraiment bien passé non plus avec le président Christian Constantin, «Muri» - un surnom qui colle à merveille pour qui aspire un jour à travailler pour l’ASF… - avait eu besoin de prendre du recul, même de redescendre d’un étage pour poser ses fesses sur le banc du FC Schaffhouse, le club qui lui avait déjà permis de rebondir une première fois deux ans auparavant après une expérience peu concluante à l’étranger (Spartak Moscou).

    Depuis, calé dans l’ombre, le Bâlois semblait se plaire dans sa fonction de coach de Challenge League. Comme si, après avoir tutoyé la lumière en tant que joueur (49 sélections, des matches de Ligue des champions, de Bundesliga...) puis en tant qu’entraîneur notamment avec le FC Bâle, il avait eu besoin de revenir dans un certain anonymat, pour renouer avec une partie de l’essence même du football, pour renouer aussi avec un profil de formateur qu’il avait apprécié à ses premiers pas à la barre du Concordia Bâle, avoir les M21 de Grasshopper, voire encore avec le FC Thoune.

    Lui, le défenseur de métier, qui a livré quelques-unes de plus belles batailles du foot suisse en club, avec GC et Bâle sous les étoiles européennes, est donc sur le point de se retrouver au centre de l’arène médiatique, comme sélectionneur. Certes, la pression que connaît un coach national en Suisse n’a rien à voir avec celle qui pèse sur ceux qui exercent dans d’autres contrées, mais cette fonction tranche avec la tranquillité du Lipo Park de Schaffhouse. A presque 47 ans, Murat Yakin a clairement les épaules pour assumer ce rôle. Est-il le bon choix? Cela est une autre question, mais l’intéressé a clairement le charisme et les capacités pour diriger le groupe helvétique, qui reste sur l’euphorie d’un plutôt bon Euro.

    Après, il ne s’agira pourtant pas de se reposer sur ce qui vient d’être fait, mais bien d’agir quasiment dans l’urgence. Car qualifier la Suisse pour la Coupe du monde 2022 n’aura rien d’une sinécure. C’est même la tâche la plus compliquée qui soit, d’autant que peu de gens ont semble-t-il compris qu’une victoire contre la France à l’Euro, si belle soit-elle, ne garantit pas un billet pour le Qatar. Alors «Muri» va devoir bosser, autant pour tourner la page de cet été que pour construire l’avenir.

    Un double défi, donc, pour l’ainé des Yakin, doit permettre à la Suisse de disputer un 5e Mondial de rang et prouver qu’il est aussi un grand travailleur. Réussir dans cette tâche serait un formidable pied de nez.

     

    Arnaud Cerutti, le 8 août 2021

     

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  • Admir Mehmedi, l’adieu d’un très précieux soldat

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    Il a pris sa décision au sortir de la compétition la plus incroyable jamais vécue avec l’équipe nationale. Ce 16 juillet, Admir Mehmedi, 30 ans, a décidé de ranger son maillot rouge à croix blanche au placard, de dire stop à sa carrière internationale. «J’ai toujours souhaité pouvoir déterminer moi-même l’heure de mon départ», a-t-il expliqué, en précisant que cette décision n’avait pas été prise sur un coup de tête. Sa mûre réflexion l’a poussé à laisser la place à la jeune garde, qui, on le souhaite, ne manquera pas d’espérer suivre ses traces. Car si le Tessinois n’était pas un titulaire en puissance de cette équipe de Suisse, il n’en était pas moins un joueur précieux, pour ne pas dire capital, d’une part par sa capacité à évoluer à presque tous les postes offensifs, mais surtout par sa capacité à rassembler. Son intelligence, son humilité, son expérience et ses qualités de polyglotte ont fait un bien fou à tous ceux qui l’ont accompagné durant ses 10 années d’international «A».

    Révélé au FC Zurich, Mehmedi avait su saisir la perche tendue en juin 2011 par Ottmar Hitzfeld et Michel Pont, qui avaient décidé de le lancer chez les «grands» au moment où la Nati était en nette perte de vitesse, quasiment déjà hors course pour l’Euro 2012. «Porter le maillot de la sélection a toujours été un rêve pour moi», commenta alors le natif de Gostivar (Macédoine du Nord), arrivé en Suisse à l’âge de 2 ans. Mais c’est surtout quelques jours après sa découverte de la «grande Nati» que le brave Admir se mit à écrire son premier chapitre dans l’histoire du foot suisse. En compagnie des M21, il s’en alla en effet flirter avec le titre européen, n’échouant qu’en finale contre l’Espagne après avoir lui-même libéré les «Rougets» d’une frappe superbe en demie contre la République tchèque au bout de la prolongation. Cela fait 10 ans, déjà!

    C’était donc là le début de la belle carrière du Tessinois, qui s’imposa ensuite dans le groupe helvétique. Jamais vraiment titulaire indiscutable, jamais tout à fait remplaçant, mais assurément précieux. Il se mua en joker de luxe au fil du temps, mais sans jamais passer à côté d’un grand rendez-vous. La preuve à la Coupe du monde 2014 - sa première grande compétition internationale - où il trouva la faille contre l’Equateur. La preuve aussi à l’Euro 2016, où sa volée égalisatrice contre la Roumanie au Parc des Princes fit un bien fou au groupe de Vladimir Petkovic.

    Lors du dernier Euro, Admir Mehmedi (forfait pour le Mondial 2018 sur blessure) a toutefois longtemps rongé son frein. Il avoua en conférence de presse accepter son rôle, mais le trouver difficile. Avant les 8es de finale, il affirma que «pour gagner un tel match, il faut être totalement prêt, sinon cela ne passe pas.» Il donna lui-même raison à ses dires lors de son entrée en jeu - parfaite - contre la France. Présent dans l’intensité et dans le combat, il ne fut pas loin d’expédier les Bleus chez eux en fin de prolongation. Avant d’assumer en grand bonhomme son tir au but devant Hugo Lloris.

    Moins de trois semaines après cette page légendaire du foot suisse, Admir Mehmedi a donc décidé de tourner le dos à la Nati. De lui subsistera toutefois pour toujours l’image d’un très précieux soldat. Peut-être pas le plus talentueux ni le mieux coiffé (…), mais assurément l’un de ceux qui se sont mis au service de la nation. Et rien que pour tout ça, et même avec des jeux de mots foireux, on ne peut que l’admirer, Mehmedi.

     

    Arnaud Cerutti, le 16 juillet 2021

     

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