L'oeil sportif - Page 5

  • Samedi, Servette peut relancer la machine. Avec le coeur de son capitaine!

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    Le premier tour derrière lui, soldé sur une note tristounette avec un seul point pris à domicile sur ses deux derniers matches, le Servette FC n’est pas (encore) dos au mur, mais il se retrouve mine de rien dans une posture qui oblige à la réaction. Puisqu’il ne peut plus surfer sur l’euphorie de sa superbe promotion du printemps dernier, l’heure est venue pour lui de se remettre en question, en bousculant les idées qu’il s’était faites durant un été plutôt réussi. Fini le temps de l’insouciance des premiers pas dans l’élite, finie l’époque où il pouvait encore surprendre les habitués de Super League en proposant un jeu audacieux, pétillant, flamboyant même, par moments. Les autres ont appris à maîtriser ce SFC, sans doute aussi qu’ils ont été par les quelques pépins physiques qui ont miné le groupe genevois et fait apparaître au grand jour le peu de profondeur de banc de celui-ci.

    Il n’est pourtant pas venu, le moment de se plaindre, du côté grenat. Même si certains ont peut-être pu se laisser tromper par ce début d’exercice plutôt emballant, Alain Geiger et son staff sont toujours restés assez lucides quant au fait que les moments difficiles n’allaient pas tarder à pointer le bout de leur nez. Voici le technicien valaisan et son groupe en plein dedans. Ce n’est certes pas la crise, puisque quatre points les séparent encore de la lanterne rouge (Thoune) et que le groupe «vit bien», mais la sonnette d’alarme retentit le long de la Route des Jeunes. C’est samedi, à 19 h du côté de la Maladière, que le SFC va devoir retrouver son allant, son envie d’aller de l’avant, sa réussite et tout ce qui avait constitué son ADN de la cuvée précédente.

    Si Neuchâtel a passé le week-end dernier à se mettre la tête à l’envers à la Fête des Vendanges, Servette devra donc remettre la sienne à l’endroit, histoire de sortir de cette spirale négative qui l’a vu enchaîner trois défaites – dont une piteuse élimination en Coupe de Suisse - et deux matches nuls. Et pour tout dire, il existe quelques motifs d’espoir, malgré tout. A commencer par le retour au jeu d’Anthony Sauthier, dont les adducteurs ne sifflent plus vraiment, et qui devrait retrouver sa place sur le flanc droit, amenant de fait son punch et sa grinta, tout en permettant à Steve Rouiller de se réinstaller dans l’axe de la défense, là où il fait tant de bien.

    Le cœur des Valaisans ne sera certainement pas de trop contre Xamax. Il permettra déjà au SFC de bénéficier d’un mental plus solide que la semaine passée face à Lugano et Zurich, où il lui avait manqué un peu de tout, mais notamment de volonté et de lucidité, pour faire mieux. Et le fait que Koro Koné ait la rage n’est pas non plus à négliger. Certes, la fiche de statistiques 2019/2020 de l’Ivoirien est totalement vide, mais le but marqué dimanche face au FCZ, bien qu’annulé, lui a permis de prendre conscience qu’il pouvait aussi trouver la faille à l’étage supérieur. Pour son moral, cette réussite n’est pas anodine et, si l’on s’en tient à la fameuse phrase de Cristiano Ronaldo, les buts pourraient finir par venir comme le ketchup du côté de l’ancien joueur de Boulogne-sur-Mer.

    Peut-être que l’on dresse un tableau un poil trop optimiste pour une équipe qui n’a pas fait grand-chose dans le bon sens au cours des trois dernières semaines, mais on veut croire que celle-ci peut se voir réanimée par la flamme qui était la sienne il y a encore quelques mois, lorsqu’il s’agissait d’éteindre Lausanne et d’aller conquérir en patronne sa place dans l’élite. On veut croire aussi que Servette peut se trouver une locomotive, une sorte de… Raphaël Nuzzolo.

    N’en déplaise à ses détracteurs établis dans la cité de Calvin, le capitaine neuchâtelois est un exemple à suivre pour tout ce qu’il apporte encore à son club. En dépit des années qui passent et des deux saisons qu’il a récemment vécues en Challenge League, «Nuzz» reste l’un des meilleurs joueurs de Super League. Il peut être un exemple pour n’importe lequel des Servettiens qui voudrait se muer en sauveur. Mais il sera aussi, samedi, le premier homme à museler dans le camp d’en face. Car avec un Nuzzolo dans ses petits souliers, Xamax n’a plus le même visage. Alors qu’avec un Sauthier libéré, Servette peut, lui, espérer retrouver tout ce qui lui a récemment manqué. Et ainsi entamer le 2e tour du bon pied?

     

    Arnaud Cerutti, le 2 octobre 2019

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  • Tennis: plaidoyer pour la Laver Cup

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    Ne voyez pas en moi un défenseur absolu de la Laver Cup. Ni un observateur qui serait orné d’œillères. Car oui, cette compétition à peine sortie du berceau (elle n’a que trois ans) possède ses défauts, ses petits côtés qui peuvent lasser, un peu (beaucoup) d’opulence forcément dérangeante, mais non, elle n’est surtout pas à condamner. Ni à descendre en flammes, comme d’aucuns se plaisent à le faire depuis 2017. Mais ceux qui déversent leur fiel ont-ils seulement regardé ne serait-ce qu’une journée de cette compétition/de cette exhibition (appelez-la comme vous voulez)? 

    Là est peut-être la question de base au moment de se pencher sur ce qui est déjà en soi un réel événement du calendrier. Il n’y a qu’à voir l’engouement suscité à Prague, Chicago puis Genève, qui sera sans doute le même l’an prochain à Boston, puis certainement en 2021 à Londres, pour comprendre que le public est chaud bouillant. Il préfère cette opposition de luxe à un obscur 3e tour de Grand Chelem. C’est dire aussi comment le tennis traditionnel a du mal à se vendre. Mais là est un autre débat...

    Pour en revenir à ce qui nous intéresse, la Laver Cup donc, elle a d’abord été un sujet de curiosité. Puis elle s’est vite installée comme un enjeu de divisions. Il y a en effet ceux qui adorent et ceux qui détestent. Pas de demi-mesure. Ceux qui adorent parce que les matches sont disputés, parce que les gars prennent le week-end au sérieux, parce que quelques-uns des meilleurs joueurs s’affrontent et parce que Roger Federer est derrière l’événement. Et ceux qui détestent parce qu’ils trouvent que c’est surjoué, qu’ils estiment que les matches sont truqués, qu’ils trouvent qu’il y a un gros déséquilibre entre la Team Europe et la Team Monde. Et qui détestent justement parce que le (toujours) plus grand joueur de l’histoire est derrière l’événement.

    Alors non, on ne peut rien pour ceux qui n’aiment pas Federer, personnage pourtant remarquable, au-delà même du court, d’une humilité et d’une gentillesse déroutantes. Et oui, on peut effectivement être d’accord pour dire que Nick Kyrgios exagère tout ce qu’il fait, qu’il est dans le «fake». Mais n’est-ce pas justement son attitude générale, quasi hebdomadaire sur le circuit? Bref, Kyrgios y fait du Krygios, comme Jack Sock y fait du Jack Sock…

    Pour le reste, on s’oppose volontiers aux autres arguments. Non, les matches ne sont pas truqués, sinon comment expliquer la rage de Denis Shapovalov et de Taylor Fritz après leurs matches perdus vendredi? Comment expliquer la détermination de Stefanos (avec un S à la fin, M. Henri Leconte) Tsitsipas pour apporter un point aux Européens? 

    A l’heure de l’analyse, il ne faut surtout pas oublier que ces mecs-là, ces jeunes-là, n’ont aucune envie de se ridiculiser devant leurs idoles (Federer, Nadal...), n’ont aucune envie de se prendre une gifle en mondovision (il n’y a pas que Léman Bleu qui diffuse l’événement). Non, au contraire ces gars-là sont en quête d’une notoriété, d’un futur, en quête d’un public susceptible de les adopter dans ce qui sera tout bientôt l’ère post Federer-Nadal. Ils se doivent de réussir. De marquer les esprits. Il n’y a rien de truqué dans cette détermination, dans cette envie. Qui, d’ailleurs, n’a pas un jour rêvé d’évoluer sous les yeux et/ou aux côtés de son idole? Soyons sérieux…

    Plus loin, oui il y a effectivement un déséquilibre entre l’Europe et le Monde. Mais qu’y peuvent les organisateurs sachant qu’actuellement le tennis hors Europe est à la traîne? Sachant, aussi, que Juan Martin Del Potro est blessé et que Kevin Anderson n’est plus qu’une ombre? Et puis, comme le rappelait très justement Roger Federer cette semaine, ce déséquilibre n’est-il pas appelé un jour à s’inverser? Oui, trois fois oui, et c’est aussi le charme de ces compétitions. A ce que j’entends, ils sont tout de même rares ceux qui se plaignent qu’avant chaque Roland-Garros on connaisse déjà le nom du vainqueur. Non?

    Pour finir, notons que la Laver Cup, véritable spectacle qui est vendu comme tel et assume donc ce qu’il est, est non seulement une aubaine pour les détenteurs de billets, mais aussi pour les joueurs, qui la prennent comme une bulle d’air dans leur calendrier. Pendant une semaine, ils se retrouvent en effet dans une ambiance totalement opposée de celle qu’ils connaissent au long de l’année sur le circuit ATP. Celle-ci tranche avec les us et coutumes d’une saison lambda. Pas trop de sérieux, pas trop de règles, pas de punition si un mot file plus haut que l’autre. Ils peuvent se présenter décontractés sur le court. Tout n’y est que plaisir.

    Alors oui, la Laver Cup mérite de vivre. Parce qu’elle nous fait voir les hommes tels qu’ils sont. Et nous montre aussi que les rivaux d’hier, ces légendes du jeu, peuvent devenir les amis d’aujourd’hui. Sans que tout cela soit du vent. 

     

    Arnaud Cerutti, le 22 septembre 2019

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