L'oeil sportif - Page 5

  • Chapeau Alain Geiger!

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    Que celui qui n’a pas doucement gloussé ou, au moins, écarquillé ses yeux le 24 mai dernier lorsque le Servette FC a annoncé l’engagement d’Alain Geiger au poste d’entraîneur lève le doigt. Oui, ils sont rares ceux qui ne se sont pas étonnés de voir les Grenat, désireux de revenir en Super League, débaucher un technicien qui n’avait plus exercé en Suisse depuis dix ans et qui s’était exilé en Afrique du Nord pour exercer son métier. Douze mois plus tard, les ricanements ont laissé place à un vrai et franc sourire. A autant de marques de sympathie, pour ne pas dire d'admiration. Parce que l’homme a démonté tous les clichés. Il a su imposer sa patte sur un effectif qui a survolé la Challenge League et récupéré sa place dans l’élite helvétique. Quel pied de nez aux jeunes techniciens soi-disant plus à même de fédérer autour d’eux et de porter un tel projet!

    En une année, le Valaisan de 58 ans, admirable, a montré qu’il n’avait pas les idées courtes. Avant même de prendre les commandes du Servette FC, ce club qui lui avait tant donné lorsqu’il était joueur, l’ancien défenseur savait où il voulait aller avec cette escouade. Il connaissait à la fois le chemin et la manière de faire. Le parcours signé par les Grenat et la démonstration de force imposée vendredi soir contre Lausanne parlent pour lui. Cette promotion, c’est certainement sa plus grande victoire, mais à l’heure de sabrer le champagne, le coach a d’abord tenu à souligner les mérites de ses joueurs. «Ce sont eux qui me proposent de jouer dans ce style».

    En plus d’enthousiasmer les foules avec un football chatoyant et offensif, Geiger a le discours de l’humilité. C’est rare, par les temps qui courent, et cela fait du bien, incontestablement. A sa manière, l’ex-international suisse (112 sélections, participations à la Coupe du monde 1994 et à l’Euro 1996), ancien relais de Roy Hodgson, amène une certaine fraîcheur dans un football qui en a bien besoin. En faisant remonter le SFC, il a non seulement donné une leçon, mais aussi rappelé à tous ceux qui s’étaient étonnés de le voir engagé le 24 mai 2018 que sa connaissance du jeu et son expérience du ballon rond helvétique comptaient énormément. Didier Fischer et son staff avaient donc vu juste en l’enrôlant pour deux ans, avec mission de retrouver la Super League dans ce laps de temps.

    Alain Geiger est allé plus vite que la musique. Il a su faire fructifier les talents qu’il avait sous la main et créer une cohésion extraordinaire au sein d’un groupe qui ne demandait qu’à réussir un tel exploit. A Genève, le Valaisan a retrouvé son bonheur d’antan. «En ville, on ressent toujours la passion et la passion pour Servette», relevait-il cette semaine dans l’Aargauer Zeitung.

    La passion, lui l’a chevillé au cœur et au corps. Nul doute qu’après avoir su fêter cette ascension, il a déjà tourné son regard vers les prochains objectifs. Gagner les trois derniers matches de la saison et anticiper au mieux le grand défi que représentera l’exercice 2019/2020. Il sait que la victoire de vendredi n’est qu’une étape. «Le chantier est immense, disait-il à la presse vendredi soir. En Super League, avec seulement dix équipes, il faut être dans les trois premiers ou accepter de souffrir avec les sept autres formations...» Au stade où nous en sommes, on se dit presque que les neuf autres clubs de SL feraient bien de se méfier. Le sorcier Geiger a plus d’un tour dans son sac!

     

    Arnaud Cerutti, le 11 mai 2019

     

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  • Servette FC: ce merveilleux supplément d'âme

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    Et si le plus bel exploit de Servette était en réalité de n’avoir jamais laissé le moindre doute s’inviter à la fête? Au moment d’aller valider son accession à la Super League, son retour là où se situe sa vraie place, le club genevois s’est montré gigantesque. Parce qu’il a su s’appuyer sur cette force collective et sur cette foi qui l’animent depuis l’entame de l’exercice. Et c’est fort. Très fort.

    La Ligue des champions l’a encore parfaitement démontré ces derniers jours, on a beau parler de tactique dans le football, les choses sont sans doute avant tout affaires de cœur, de générosité, de ce supplément d’âme qui fait les grandes victoires et les plus belles quêtes. Portés par ce merveilleux état d’esprit et par des combattants comme Anthony Sauthier (quel remarquable personnage!), le SFC a enfoncé Lausanne en appuyant là où cela pouvait faire mal. Même une trouée de Jeremy Frick (décisif ensuite juste avant le thé!) n’a pas contrarié l’histoire. Tout juste a-t-elle tempéré les ardeurs l’espace de quelques instants.

    Mais tout est rentré dans l’ordre au fil de la soirée, comme cela était écrit depuis le début d’une journée qui a tout de même paru interminable. Comme en 1994, le 10 mai devait être jour de fête pour le peuple servettien. Il l’a été. Avec la manière qui plus est, nonobstant le manque de jugeote de pseudo-supporters ayant envahi le terrain avant même le coup de sifflet final!

    Le fait que l’histoire s’écrive à nouveau était clair dès 18 h lorsque l’atmosphère a commencé à grimper aux alentours du Stade de Genève. De l’excitation et du brouhaha s’extirpait ce parfum des grands soirs, cette sensation que rien - non, rien de rien - de mal ne pouvait arriver aux Grenat. Autour de ce maillot s’était greffée cette belle attente, qui confirme que le Genevois - tour râleur puisse-t-il être - a le SFC gravé dans la peau, ainsi que l’indiquait le très beau tifo de la fière trentenaire Section Grenat. Qui confirme aussi que le Genevois, même abreuvé de football chaque soir de la semaine dans sa petite lucarne, même nourri au Real Madrid, au Barça, à la Juve ou à City, a besoin d’un club admirable sur son pas-de-porte. A besoin du Servette FC.

    Hier soir, une entame de match tambour battant puis une fin de rencontre avec l’assommoir entre les mains ont donc permis de parachever l’ouvrage pour donner un peu (beaucoup) de bonheur à une République de Genève qui, par les temps qui courent, en a bien besoin. A l’ère actuelle, le blason grenat a le mérite, lui, d’être redoré...

    Alphonse et Imeri, écrivais-je, ont parachevé l’ouvrage. La belle ouvrage, devrais-je ajouter! Les joueurs, il faut le dire, ont été admirables; tu ne vas pas ainsi chercher une promotion en proposant un tel football avec des mecs qui n’ont ni la tête ni les pieds. Les éléments du Servette 2018/2019 ont non seulement ces ingrédients-là, mais aussi les tripes. Leurs dirigeants aussi, qui ont reconstruit brique après brique un club en état de mort clinique. La Genève du foot peut leur tirer un immense coup de chapeau!

    Elle peut faire pareil avec Alain Geiger, impeccable maître d’œuvre. Lui, l’ancien défenseur qui avait déjà vendu du rêve au fil de sa carrière, Coupe du monde 1994 et Euro 1996 inclus, a nourri d’autres songes et les a même concrétisés en propulsant Servette dans l’élite. Un an après une nomination qui en avait étonné plus d’un, le Valaisan et son staff ont fait tout juste. Quel pied de nez aux jeunes techniciens soi-disant plus à même de fédérer autour d’eux et de porter un tel projet!

    Oui, la fête se doit d’être belle quelques jours encore. Chaque élément composant le puzzle servettien, en coulisses comme sur le devant de la scène, a le droit d’apprécier ces moments uniques. Bien sûr, il s’agira de vite enfiler le bleu de travail pour construire la saison prochaine. Mais après avoir été enterré par quelques vautours, Servette est en vie et bien en vie. Mieux, il a une âme et même un supplément d’âme.

    Alors oui, ce matin, on a forcément envie de se dire que portés par leur formidable état d’esprit et leur foi, les Grenat ne laisseront guère davantage le doute s’inviter dans les chapitres à venir.

     

    Arnaud Cerutti, le 11 mai 2019

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  • Servette FC: souvenirs du 31 mai 2011

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    Il y a dans une vie des dates qui marquent plus que d’autres, des événements pas banals qui s’inscrivent dans les esprits pour ne jamais les quitter. Dans l’histoire aussi, forcément. Tout le monde, par exemple, se souvient de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001 ou le 13 novembre 2015. Les Genevois amoureux de football, eux, ont d’autres moments en tête. Des moments joyeux, festifs, inoubliables. Au cours des deux décennies écoulées, le 2 juin 1999, soir de titre, soir de «Vurensmania», rallie tous les suffrages. Mais dans la mémoire commune, le 31 mai 2011 fut pas mal non plus. Comment en effet ne pas conserver des souvenirs fabuleux de cette soirée pluvieuse qui salua le retour des Grenat en Super League?

    Après les affres de la faillite, le passage dévastateur de Marc Roger à sa tête, le SFC retrouvait l’élite ce soir-là. En faisant trébucher Bellinzone, non sans s’offrir une ultime frayeur dans une fin de match irrespirable. Comme si, jusqu’au bout, il avait fallu que le palpitant des amoureux du Servette FC grimpe à des hauteurs vertigineuses.

    Huit ans plus tard, alors que les Grenat sont à quelques encablures d’une nouvelle promotion, quelles images gardez-vous, vous, du 31 mai 2011? La pluie? La joie? Les coups de tête de Patrick Baumann? Il y a tant à dire. Les miennes se trouvent plus bas. Mais avant cela retrouvez celles de quelques figures marquantes du foot genevois...

     

    Matias Vitkieviez, joueur du Servette FC en 2011, désormais à Etoile Carouge: «La première image qui me vient en tête est celle de notre arrivée au Stade de Genève. Nous savions que nous n’avions pas le droit de nous rater, qu’il était interdit de passer à travers cette rencontre. Il fallait monter en Super League et, au fond de nous, nous étions persuadés que nous allions le faire. J’ai ensuite les images d’un stade presque plein, avec une ambiance de folie, et je ressens encore cette montée d’adrénaline qui te met dans un état inexplicable. Il faut le vivre une fois dans sa vie pour se rendre compte de ce que c’est. Mais je crois que seul le foot peut te le permettre.»

     

    Une fois le match commencé, on sait qu’on n’a pas le droit à l’erreur, mais jamais on ne pense à ça, en fait. On veut juste faire le nécessaire pour que ce moment devienne inoubliable pour tout le monde. Les buts tombent et on se retrouve avec un pied dans l’élite. Mais c’est justement là qu’il faut redoubler de concentration. Bellinzone marque au pire moment et on prend conscience que si les Tessinois en mettent un de plus, tout est fini pour nous. Autant dire que je me souviens que les cinq dernières minutes ont été les plus longues de ma vie! Après, une fois que l’arbitre a sifflé la fin de la rencontre, j’ai été assailli par une immense sensation de bonheur, d’extase. Monter avec Servette était un rêve. Il devenait subitement réalité. Voir tous les gens courir sur le terrain… Pff, quelle folie! C’est incontestablement le meilleur moment de toute ma carrière. Je ne l’oublierai jamais! J’espère sincèrement que le SFC d’aujourd’hui pourra me permettre de revivre tout cela ce vendredi, désormais en tant que spectateur et supporter. J’espère sincèrement que les joueurs et fans pourront profiter de ce moment.»

     

    Tibert Pont, joueur du Servette FC en 2011, désormais à Etoile Carouge: «Après avoir perdu le match aller au Tessin, on se retrouvait dans une soirée à quitte ou double, ce 31 mai 2011. Et les premières images qui me reviennent, ce sont celles d’un conte de fées. Je me revois encore prendre le chemin du Stade de Genève au sortir de la collation et de cette pluie qui commence à tomber très fort sur la ville. Arrivés au Parking de l’Etoile, on a commencé à voir des gens avec des écharpes aux couleurs du club. Beaucoup de gens. De plus en plus. Pas de doute: c’était le parfum des grands soirs qui flottait sur Genève. C’est là que j’ai pris conscience qu’une grande partie de l’avenir du SFC se jouait là, maintenant. Soit nous montions dans l’élite et franchissions un énorme palier, soit nous restions en Challenge League sans jamais savoir quand pareille opportunité de remonter nous repasserait sous le nez.»

     

    Au Stade, c’est la théorie de Joao Alves qui reste dans ma mémoire. Après qu’il eut annoncé le onze de base, dans lequel je ne figurais pas malgré un bon match aller, il s’est livré à un discours extrêmement court: quelques petites phrases sur l’adversaire, puis une conclusion incroyable avec son mythique accent portugais: «Voilà, et comme on dit en français: «Maintenant, démerdez-vous!». Il avait trouvé comment dédramatiser tout l’enjeu en une seule phrase à la fois drôle, qui nous laissait à nos responsabilités, mais qui nous donnait aussi une énorme confiance. Nous savions que nous étions supérieurs à cette équipe de Bellinzone, que nous avions des joueurs de caractère et, surtout, que nous étions soudés pour réaliser l’exploit. Une force d’équipe incroyable animait ce groupe composé de personnalités en provenance de tout horizon. Une alchimie exceptionnelle s’était créée lors de notre rush final en championnat. Et ce soir-là, rien ne pouvait l’ébranler.»

     

    En sortant du vestiaire, j’ai découvert un Stade de Genève à moitié plein, deux fois plus que d’habitude, mais c’est surtout ensuite, au moment du coup d’envoi, que j’ai eu un frisson et des larmes d’émotion. Quelle clameur! Il y avait une réelle frénésie chez les gens. Quand la Section Grenat entonne son premier «Aux Armes…», tout la tribune d’en face le reprend! C’était incroyable. Pour voir tout cela à Genève à l’occasion d’un match du SFC, il faut se lever tôt! Quelle fierté d’avoir pu faire partie de l’équipe ayant réuni les ingrédients auxquels les Genevois s’identifient.»

     

    Dès le début du match, nous étions en jambes, pas timorés et portés par le peuple genevois. Rien ne pouvait nous arrêter. J’ai remplacé notre héros Patrick Baumann pour la dernière demi-heure et Bellinzone jouait ses dernières cartes. Malgré la pression, nous avons tenu… Au coup de sifflet final, j’ai couru vers mes potes que je savais assis côté Tribune Est. J’en aperçois un que je prends dans mes bras furtivement puis je me retrouve complètement happé par les supporters. Il faut dire que la fin de match avait été si stressante que la libération était énorme pour eux aussi! Les gens étaient déchaînés. Je crois avoir mis une bonne dizaine de minutes pour rejoindre le vestiaire à l’opposé. C’était une sensation incroyable que d’être secoués de tous les côtés! Les embrassades, les larmes de joie des coéquipiers et du staff; c’est le plus beau jour de ma vie, l’aboutissement d’années de travail avec cet objectif qui était en ligne de mire depuis la faillite de 2005.

     

    Je passe les détails de la suite de la soirée, mais je me souviens avoir imité le discours de Joao Alves au micro du Restaurant de l’Aviation. Ca avait fait marrer tout le monde. Et vous imaginez volontiers qu’on a beaucoup rigolé dans la nuit…

     

    Aux joueurs qui, je l’espère, vont revivre tout cela vendredi, j’aimerais leur dire de profiter de chaque minute, de chaque seconde de cet événement. Faire venir les Genevois au Stade, les faire s’identifier au groupe, les faire vibrer; cela n’a pas de prix. Le public local est exigeant, mais quand il se mobilise, il te rend au centuple ce que tu lui donnes. Les gars, appréciez tout cela à sa juste valeur.»

     

    Lionel Pizzinat, joueur et capitaine courage du Servette FC en 2011, désormais Team Manager du Servette FC: «Le 31 mai 2011, je revenais de blessure donc je m’étais aussi retrouvé remplaçant. Mon premier plaisir de ce soir-là fut de me retrouver devant des tribunes pleines après avoir évolué pendant quasiment cinq ans devant un stade aux trois quarts vides. Je me souviens bien de l’ambiance qui est montée au fur et à mesure de l’échauffement. Voir tout ce monde constituait déjà un gros cadeau pour nous. Aujourd’hui, je pense à nos joueurs, qui auront la chance de retrouver pareil décor vendredi. Du 31 mai 2011 ne subsistent que de magnifiques souvenirs. Après, j’étais rentré en cours de partie et au coup de sifflet final, j’ai à peine eu le temps de me retrouver à genoux avec Xavier Kouassi que nous avons été submergés par tous les supporters entrés sur le terrain. C’était dingue; cela m’a rappelé le titre de 1999 et la victoire en Coupe de Suisse deux ans plus tard. Dans ce genre de moments, tu n’as même pas une seconde pour apprécier, pour souffler entre coéquipiers. Tu es happé par la masse aussi heureuse que toi. Les fans nous sautaient dessus…

     

    Grimper en Super League avec cette équipe était un aboutissement pour moi. C’était l’apothéose de ma carrière. Le scénario était incroyable, quasi inimaginable à un certain stade de la saison. Personne n’aurait pu l’écrire, d’ailleurs. Être capitaine de ce groupe était en outre un vrai motif de fierté, surtout avec un entraîneur comme Joao Alves. Nous avions certes connu de grandes difficultés, mais nous avions toujours mis la manière dans notre football. C’est l’un des parallèles que je tire avec le Servette FC de 2019, qui propose lui aussi le plus beau foot de Challenge League. Un autre parallèle concerne les entraîneurs. Comme Alves, Alain Geiger a du vécu et il sait s’en servir pour tirer le meilleur du groupe qu’il a à sa disposition. A l’image du Portugais, notre coach actuel a su créer une équipe avec les bons profils de joueurs. Il a aussi tout fait pour que la mayonnaise prenne vite. Cela se ressent à tous les niveaux. Dans l’état d’esprit, cela ressemble beaucoup à ce que nous avions il y a huit ans en arrière.

     

    Vendredi, j’aimerais vraiment que nos joueurs puissent vivre ce que nous avons vécu le 31 mai 2011. Ce serait fort, mais on sait très bien que Lausanne joue aussi sa saison et qu’il ne nous donnera rien, absolument rien. Il va falloir que l’on joue notre football, sans frein à main. Nous devons être fidèles à ce que nous proposons depuis l’entame de l’exercice. Si le Servette FC d’aujourd’hui fait ce qu’il sait faire vendredi, je suis sûr qu’il pourra au moins accrocher le nul qui le propulserait en Super League. Ce serait quelque chose de magique, tout simplement.»

     

    Sébastien Roth, ancien joueur du Servette FC, désormais entraîneur des gardiens à Etoile Carouge: «Je me souviens très bien de ce soir-là, car je n’avais hélas pas pu me rendre au stade. J’étais à l’aéroport de Genève, où je devais récupérer un pote qui rentrait de vacances! Tant bien que mal, j’avais trouvé une TV dans l’un de ces cafés situés au cœur du secteur des arrivées. Je m’y suis faufilé et j’étais à peu près la seule personne à regarder le match. Les autres, autour, n’en avaient strictement rien à carrer. Je n’étais pas des plus sereins, car cette rencontre aurait très bien pu tourner dans l’autre sens. Même si cette promotion était un peu bizarre, notamment car Lugano, longtemps en tête, avait rendu les armes car certains de ses joueurs ne voulaient pas monter, c’était beau de voir le SFC retrouver sa vraie place, là où ils auraient dû toujours être. Mais cela n’a malheureusement pas duré.

     

    Huit ans plus tard, je serai bien plus heureux de voir Servette grimper en Super League, car le club est bien mieux structuré qu’il ne l’était à l’époque. Le SFC d’aujourd’hui est sain et solide financièrement. S’il monte, je ne m’inquiéterai pas pour son futur, contrairement à 2011. Il y a de quoi être enthousiaste aujourd’hui. Après, j’aimerai aussi souligner les mérites d’Alain Geiger dans cette promotion. Car honnêtement, comme énormément de monte, j’étais très sceptique quand j’ai vu l’an dernier qu’il était nommé à la tête de la première équipe. Il a su amener quelque chose à ce club, à ses joueurs. C’est un coach qui connaît le foot et qui prouve qu’il n’y a pas forcément besoin de se baser sur les toutes dernières méthodes de coaching pour réussir. Je lui tire mon chapeau.»

     

    Mon souvenir perso: J’étais programmé pour suivre ces derniers instants de la saison servettienne. Après une première partie de journée à la rédaction, j’étais repassé par chez moi avant de filer au Stade de Genève. Je me souviens m’être garé vers la Piscine de Lancy puis d’être descendu sur l’antre grenat en étant entouré par des dizaines de gens défilant avec des écharpes grenat. Du jamais vu dans l’ère post-Charmilles. Le tout près de deux heures avant le match et sous une pluie battante! En tant que journaliste, j’ai toujours réussi à demeurer impartial dans l’exercice de ma fonction, à ne rien laisser transparaître, mais il m’avait fallu quand même pas mal de travail sur moi-même pour rester stoïque dans les derniers instants d’une rencontre qui avait failli basculer du mauvais côté. Ensuite, je me souviens des scènes de joie dans la zone mixte, des sourires des joueurs côtoyés depuis plusieurs mois pour certains. Surtout, j’ai encore en tête cette interview surréaliste donnée à Paul Magro par Majid Pyshiar, avec son «We did…» qui aura fait marrer pas mal de monde. Sur le moment, car la suite ne fut pas rose.»

    Je me rappelle également de cette phrase d’un Joao Alves étrangement calme: «Ce match a ressemblé à un bon repas, avec tous les condiments!». J’ignore ce que diront Alain Geiger et le président Didier Fischer en cas de promotion, mais ils auront le droit d’être fiers d’eux et de leurs hommes. M. Fischer ayant les pieds ancrés sur terre et la tête sur les épaules, il ne livrera pas un discours à la Pyshiar et évitera de parler de Ligue des Champions. Mais oui, si «son» Servette FC parvient à s’offrir une montée en Super League, le patron aura vraiment le droit de laisser couler quelques larmes. Le travail immense que le club a fourni depuis quatre ans vaut bien tout cela!»

     

    Arnaud Cerutti, le 7 mai 2019

     

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