L'oeil sportif - Page 3

  • L'humble Lustrinelli et les "Rougets" réveillent l'espoir

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    Mine de rien, les équipes de jeunes du football suisse ont un peu de plomb dans l’aile depuis près d’une décennie. Aux fabuleuses conquêtes européenne et mondiale des M17 de 2002 et des M17 de 2009, ainsi qu’aux jolies épopées des M21 de 2002 et de ceux de 2011 n’ont pas succédé de grands moments d’emballement. Louée un temps pour son système de formation, l’ASF a vu ses sélections perdre quelque peu le rythme et passer à côté de la plupart des grands événements. Cette époque de disette est néanmoins en passe d’être révolue. Enfin, c'est à souhaiter.

    Certes, il ne faut pas aller trop vite en besogne, mais par les temps qui courent, la Suisse tient en effet dans sa volée M21 actuelle des raisons d’y croire, de vrais… espoirs. La démonstration de justesse et de force que les protégés de Mauro Lustrinelli ont livrée mardi passé en éliminatoires de l’Euro 2021 contre la France (victoire 3-1) atteste du fait qu’une jolie volée existe. A la traîne pendant une demi-heure, les «Rougets» ont ensuite mis le pied sur l’accélérateur pour développer leurs idées et étouffer l’une des formations d’Europe ayant le plus fort potentiel. Les voici à nouveau en tête de leur poule.

    Il reste bien entendu encore beaucoup de chemin avant d’espérer valider le ticket à destination du Championnat d’Europe, mais la Suisse a réalisé de très jolies choses ces derniers temps et le succès signé face aux «Bleuets» valide les efforts fournis pour (re)construire une formation intéressante. Il valide les vertus du collectif. «C’est une vraie victoire d’équipe, s’est d’ailleurs félicité le sélectionneur. L’esprit affiché par les joueurs et leur attitude m’ont pleinement satisfait.» Avoir su fédérer des jeunes autour d’un seul et même objectif, autour d’un collectif, n’est pas le moindre des mérites du discret mais intelligent «Lustri», technicien qui fait son chemin sans chercher la lumière, juste en bossant avec humilité.  

    Âgé maintenant de 43 ans, l’ancien international helvétique, révélé à Thoune, n’est pas de ceux qui s’affichent partout et se croient en mesure de diriger le FC Barcelone. Il travaille; un point c’est tout, et est parvenu à transmettre certaines de ses propres valeurs à son groupe, ainsi que des idées offensives qui ne sont pas pour déplaire. Preuve en est que, timorés en début de match contre la France, ses hommes ont ensuite répondu de fort belle manière, en mettant de la vie et de l’envie dans leur football. «C’est vrai, les gars se sont amusés en montrant un jeu offensif, a loué celui qui a disputé la Coupe du monde 2006. Ils ont su rester calmes, ils ont su gérer.» 

    La prestation de grande classe de Jordan Lotomba, la vivacité conjuguée de Jeremy Guillemenot et d’Andi Zeqiri ainsi que la solidité de la défense centrale ou encore l'intelligence de jeu de Bastien Toma ont fait plaisir à voir. Même privée de trois éléments phares, cette Suisse M21 séduit à nouveau, dans la même veine que celle de 2011 qui avait atteint la finale de l’Euro au Danemark. Avec, déjà, un Tessinois (Pierluigi Tami) à sa tête. Evidemment, comparaison n’est pas raison et on se gardera bien de trop d’enthousiasme, mais il n’en demeure pas moins que cette volée-là dispose de quelques joyaux qui, s’ils ne sont pas bridés, peuvent aller très loin.

    Ce qu’a réalisé Lotomba dans son couloir a sans doute excité plus d’un recruteur présent dans les travées de la Maladière. Le Vaudois de Young Boys a tout fait aux Français, au point de pouvoir jouer avec eux dans les dix dernières minutes en exposant son aisance technique. «Il a été exceptionnel», s’est à juste titre félicité Mauro Lustrinelli. Invaincus sur la route qui est susceptible de les mener à l’Euro 2021, ses hommes ont tous été à la hauteur de l’enjeu. Ils peuvent secouer le foot suisse, vendre du rêve. «Il y a la volonté de faire quelque chose d’important avec cette génération», souligne le Tessinois. Qui, pour une fois, a vraiment le matériel pour viser haut.

     

    Arnaud Cerutti, le 22 novembre 2019

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  • FC Sion: et si, finalement, Constantin avait perdu la flamme?

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    On connaissait la (fameuse) chenille qui redémarre. Au FC Sion, c’est l’éternel cirque qui, chaque fois, recommence. Le club n’a plus de coach officiel, en ce moment. Sans grande surprise, finalement, puisqu’il pique simplement sa traditionnelle crise d’octobre-novembre. A Tourbillon, le marasme est comme la Saint-Martin chez nos amis jurassiens; une tradition. Si bien que les entraîneurs qui s’installent sur le banc valaisan ont pour habitude, avant même de songer à passer l’hiver, de ne même pas franchir l’automne. Stéphane Henchoz est le dernier à avoir été victime de l’énigmatique contexte sédunois.

    Jamais l’ancien défenseur n’a pu (su) faire passer son message dans le vestiaire. Mais est-ce uniquement de sa faute? Certainement pas, sachant que tous ses prédécesseurs se sont heurtés aux mêmes problématiques. En plus de se retrouver devant un groupe sans joueur de caractère ni leaders, ils ont dû se «coltiner» Christian Constantin. Attention, l’homme est assurément un grand entrepreneur, un personnage qui a déjà marqué l’histoire de la Suisse romande et un homme sans qui le Valais n’aurait plus de club professionnel depuis bien longtemps, mais il est trop envahissant dans son club pour qu’un technicien puisse convenablement exercer son métier au FC Sion. Tous le disent: travailler au FC Sion devient vite invivable pour un entraîneur. Et maintenant que «CC» a délégué un peu de pouvoir à son fils, les choses ne vont pas mieux. Au contraire.

    Oui, vous le devinez à travers ce billet, il y a clairement de la frustration voire un peu de tristesse à se voir ces Sédunois creuser plus bas saison après saison. Car ce club, qui dispose d’une si riche histoire, ne mérite pas de voir son passé piétiné tel qu’il est en ce moment par un groupe qui n’a aucune idée de ce que représente ce maillot rouge et blanc. Depuis combien de temps les Valaisans, si souvent bercés par les retournements de situation en Coupe de Suisse, n’ont-ils plus concrètement vibré pour leurs couleurs?

    Poser la question est rappeler que le FC Sion vogue dorénavant d’échecs en échecs. Aux promesses d’avant-saison, qui évoquent une place en Ligue des champions voire une capacité à mettre des bâtons dans les roues du FC Bâle, succèdent trop rapidement les déceptions et les matches à couteaux tirés contre… le FC Thoune ou le FC Lucerne. On est loin, très loin, d’une rencontre au sommet au Parc Saint-Jacques.

    Pourtant, et c’est bien pour cela que la frustration se manifeste, n’importe quel club suisse qui disposerait du budget du FC Sion aurait au moins accroché une place en Ligue des champions ces vingt dernières années. Mais à Tourbillon, on n’y arrive pas. Parce que l’ingérence présidentielle ne mène à rien? Ou simplement parce que les techniciens et les joueurs choisis n’ont pas le niveau et ne parviennent pas à répondre aux exigences du «boss»?

    Le plus terrible, dans la situation actuelle, est certainement de voir Christian Constantin donner l’impression de baisser les bras. Lui, l’homme fort, capable des plus belles tirades, qui a contribué à construire un mythe, ne semble plus autant donner d’importance aux résultats que par le passé. On commence à croire qu’il s’est résolu à laisser le FCB et YB survoler la Super League. Se dégage de plus en plus le sentiment que, depuis la première finale de Coupe de Suisse perdue en 2017, quelque chose s’est littéralement brisé en lui. Que le cœur n’y est plus tout à fait. Comme si ce qui se trame sur le rectangle vert est presque devenu secondaire, à ses yeux. Est-ce vraiment possible chez un tel passionné, chez un tel battant? L’échec d’il y a deux ans sur la pelouse du Stade de Genève a-t-il été la déception amoureuse de trop, au point de lui enlever cette incroyable force de caractère qui a fasciné au-delà de la Porte d’Octodure?

    Le choix de son prochain entraîneur et, surtout, la construction de la prochaine saison (oui, oui, il faut déjà y penser vu comment tourne celle-ci) nous en diront plus sur l’appétit de «CC». Mais on n’ose pas imaginer qu’un jour l’intéressé ne puisse pas, au moins encore une fois, faire redémarrer la chenille avec ses joueurs. Mais la vraie. Celle qui permet de célébrer les plus beaux triomphes.

     

    Arnaud Cerutti, le 11 novembre 2019

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