Servette FC: un renouveau et un phénomène

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Les images valent parfois mieux que les mots. Et celles que l’on voit du Servette FC depuis le début de la saison ne trompent pas; malgré les coups de mou de l’automne, la troupe dirigée par Alain Geiger ne s’est jamais départie de son sourire, de sa bonne humeur, son envie d’aller de l’avant, de jouer... On sent, chez elle, que chaque élément est prêt à faire l’effort pour l’autre. Prêt à se mettre minable pour que le collectif y soit gagnant. Un petit tour aux Cherpines puis au Stade de Genève au moment le plus délicat de cette première partie d’exercice nous avait fait comprendre, sans que le moindre personnage ne joue un rôle, que oui, en dépit des aléas du moment, «ce groupe vit bien» - pour reprendre une pompeuse expression. Il n’y a pas de tricheurs, chez les champions de Challenge League. L’adaptation parfaitement réussie de la recrue Park, auteur d’une excellente entrée contre le FCB, puis d’un triplé dimanche, témoigne de l’excellente atmosphère qui règne chez les Grenat.

Celle-ci a certes été quelque peu refroidie par la votation récemment perdue sur le sujet du Pré-du-Stand, mais il s’agit de rappeler que le résultat n’a pas du tout été un vote «anti-Servette» ou anti-sport ou anti-relève, mais une décision prise par une partie des Genevois qui n’oublient pas que certains noms figuraient dans le projet et qu’ils ne voulaient pas leur délivrer un blanc-seing. Il ne faut pas non plus prendre les gens pour des imbéciles.

Les Grenat ne le sont pas. Preuve en est qu’ils ont bien compris, dans le fond, que personne ne leur en veut. Au contraire, depuis que le SFC se redresse, et même plus sûrement depuis le printemps passé, lorsque l’idée d’un retour en Super League a commencé à prendre du poids, on n’entend plus les sempiternels discours tristounets qui résonnaient depuis les années 80 autour des Charmilles, puis du Stade de Genève. On n’entend plus les rabat-joie déverser leur fiel sur plus de 100 ans d’histoire(s). On sent en revanche une certaine euphorie gagner les rangs.

Dorénavant, ce Servette FC que tant de Genevois semblaient adorer détester donne presque le sentiment de faire l’unanimité. Les gens ne pestent pas contre ses défaites. Ou, en tout cas, ne pestent plus, du moins ouvertement. Mais ils se félicitent de chacun de ses matches nuls, qui semble l’éloigner de la zone rouge. Et, plus sûrement encore, saluent chacune de ses victoires, que ce soit contre le FC Lucerne, le FC Thoune ou, mieux encore, face à Young Boys, Bâle ou encore à Zurich. Il ne faut pas se le cacher: il y a un vrai phénomène SFC, en ce moment. Et la prise de température chaque lundi dans les cafés, auprès des connaissances ou sur les réseaux sociaux est à chaque fois plus intéressante. Comme dans les grandes villes de foot, on sent que le résultat «grenat» du week-end agit sur l’humeur d’une certaine partie de la population.

Le 9 décembre, c’est ainsi une vague de bonheur qui a fait sonner les réveils, quelques heures seulement après la démonstration offerte au Letzigrund. On a entendu (et/ou lu) plusieurs personnes dire (et/ou écrire) que leur semaine commençait par le bon bout parce que le SFC avait signé une performance de grande valeur et que, finalement, rien ne pouvait gâcher leur plaisir, pas même la congestion du trafic. Au rythme où les choses vont, et s’ils ne perdent pas pied d’ici au mois de mai prochain, on pourra considérer les Servettiens, qui forment le meilleur club de Suisse romande, comme des distributeurs de sourires.

Puisqu’en plus de leur jeu plaisant, de leur communion qui fait plaisir à voir, leurs résultats ne sont pas pour déplaire. On n’a en effet pas le souvenir, en Suisse, d’avoir vu un promu aussi audacieux ces 20 dernières années. Le petit phénomène ne demande donc qu’à être récompensé de son culot. Il ne demande qu’à grandir encore. Sans se brûler les ailes, bien évidemment, mais en alimentant chaque discussion de bistro et en attirant encore plus de monde au stade. Car si Genève n’est pas une vraie grande ville de foot, elle ne demande qu’à pouvoir vivre de belles émotions avec son club phare. Histoire que dans le marasme politique ambiant, ses habitants ne se départissent ni de leur bonne humeur ni de leur sourire, petit à petit retrouvé depuis que le «grand Servette» a repris «SA» place dans l’élite.

L’Escalade de ce SFC 2019/2020 n’en est qu’à son début.

 

 

Arnaud Cerutti, le 11 décembre 2019

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