Köbi Kuhn, l’adieu du bon «papa»

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Résonnera éternellement son «wouai», qui lui permettait d’entamer ses réponses. On l’entendait partout et c’est peu dire qu’en ce mardi soir qui nous a fait comprendre que Köbi Kuhn n’est plus parmi nous, ce refrain tourne en boucle dans notre tête. «Wouai»...

Köbi, ou Jakob pour plus grand-monde, a donc offert son dernier dribble, pas le plus joyeux ni le plus soyeux, en rejoignant les cieux. A 76 ans et alors que son état de santé s’était détérioré ces dernières semaines, l’ancien sélectionneur national a rendu l’âme, déclenchant les hommages aux quatre coins du pays et une immense vague de tristesse. De nostalgie, aussi.

Mais ce «bon vieux Köbi» n’a pas emporté avec lui les souvenirs qu’il laisse dans l’histoire du football suisse, dont il était, est et restera légende. Balle au pied comme dans le costume de sélectionneur.

Köbi a d’abord été ce joueur magique, malin, intelligent, élégant, que les récits du mythique Jacques Ducret ont permis de faire connaître même aux plus jeunes. Kuhn a ensuite été ce formateur puis ce sélectionneur qui a marqué son époque en bâtissant l’une des deux plus belles équipes de Suisse de ces cinquante dernières années, avec la volée 1994-1995 de Roy Hodgson.

Derrière son air de père tranquille, de grand-papa peut-être même, «KK» a su s’y prendre avec les ego, il a su jongler avec les caractères, les susceptibilités, les ambitions. Rares sont ceux qui, comme lui, ont pu gérer les frères Yakin ou un Alexander Frei, tout en obtenant des résultats.

Et pas n’importe lesquels, puisqu’il avait notamment contribué à ce que la Suisse se sorte de l’enfer d’Istanbul, en 2005. Il y avait, chez lui, bien plus que son image ne le montrait. Sans doute car Köbi Kuhn ne soignait justement pas sa communication. Il ne courait pas derrière la notoriété. Bref, il n’aurait pas collé à la mentalité des années 2018-2019. Peut-être était-il trop bien pour ça...

Lui était humilité, tout simplement. Homme affable, ouvert, il ne se départissait jamais de son sourire, même dans les moments les plus compliqués. Il empoignait de la même manière une discussion avec un jeune journaliste ou un ancien. La conversation était passionnée et lui pouvait devenir par moments un interlocuteur passionnant. Avec le sourire, toujours. Et c’est justement ce sourire et son «wouai» qui, ce soir, nous accompagnent.

Reposez en paix, Monsieur Kuhn!

 

Arnaud Cerutti, le 26 novembre 2019

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