Servette FC: décompression et décomposition

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L’euphorie est passée et le retour à la réalité vient tempérer les ardeurs nées au fil d’un bel été longtemps bercé par de doux songes. Comme j’en avais exprimé la crainte dans un papier précédent, exhortant les euphoriques à se calmer un peu, la vague de la promotion étant redescendue, le Servette FC retombe gentiment sur terre et se voit rattrapé par la normalité. Par ce qu’il est vraiment, pour tout dire, à savoir un néopromu certes bien fourni par rapport à d’autres, mais qui demeure en apprentissage d’une élite qu’il n’avait plus côtoyée depuis 2013, ce que confirme son match nul d’hier soir contre Lugano (0-0).

Non, bien sûr, il n’y a rien de ridicule à partager les points avec une équipe européenne, qui plus est après avoir touché du bois, mais ce qui dérange un peu, actuellement, c’est de voir les Grenat donner cette impression de naviguer à vue, comme «lâchés» par leurs repères des dernières semaines. On ne reconnaît plus la formation audacieuse et joyeuse des premières journées. L’orchestre ne dysfonctionne pas complètement, mais il toussote sérieusement. La «jouerie» qui a tant séduit la Suisse entière entre juillet et août n’est plus ce qu’elle était. On peut imputer cela aux quelques absences, mais cela n’explique pas tout.

Il y a, chez ce SFC-là, une sorte de décompression involontaire (mais légitime?), comme si après sept semaines passées sur un petit nuage, les champions de Challenge League s’étaient rendu compte qu’ils étaient entrés dans un autre monde que celui qui fut leur quotidien au cours des saisons précédentes. Les difficultés y sont plus grandes. Les duels y sont plus physiques. Et la confiance qui animait les Genevois il y a peu s’est effritée à travers une entame de match ratée contre Neuchâtel Xamax puis un échec difficile à digérer en Coupe de Suisse contre Grasshopper.

Dans le football pratiqué, les manques dans les trente derniers mètres et la relation quasiment coupée entre le milieu de terrain et l’attaque sautent aux yeux. En ce moment, il existe un réel déficit dans la transition offensive au sein du contingent grenat. Il y a également un vrai souci d’intensité dans l’expression servettienne. Et puis, au-dessus du lot en Challenge League, Stevanovic ne parvient plus à apporter ce «plus» attendu. L’absence d’Anthony Sauthier ne l’a pas aidé récemment, mais cela fait depuis plusieurs semaines maintenant que le Bosnien est sur courant très alternatif. Il n’est pas le seul, mais lorsque c’est un leader qui traîne la patte, cela se voit de manière plus flagrante.

A ce stade, la situation n’est néanmoins pas alarmante, loin de là, puisque le SFC est encore 5e de Super League avec une marge confortable sur la lanterne rouge, mais il y a tout de même une certaine urgence à redresser la tête. La venue ce dimanche de Zurich, une équipe qui ne ressemble à rien par les temps qui courent, est l’occasion rêvée pour relancer la mécanique servettienne. Alain Geiger doit mettre un peu d’huile dans les rouages. Et ses joueurs un peu d’huile de coude. Ce n’est qu’ainsi que les Genevois peuvent espérer convoquer des songes, en hiver.

Arnaud Cerutti, le 27 septembre 2019

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