Tennis: plaidoyer pour la Laver Cup

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Ne voyez pas en moi un défenseur absolu de la Laver Cup. Ni un observateur qui serait orné d’œillères. Car oui, cette compétition à peine sortie du berceau (elle n’a que trois ans) possède ses défauts, ses petits côtés qui peuvent lasser, un peu (beaucoup) d’opulence forcément dérangeante, mais non, elle n’est surtout pas à condamner. Ni à descendre en flammes, comme d’aucuns se plaisent à le faire depuis 2017. Mais ceux qui déversent leur fiel ont-ils seulement regardé ne serait-ce qu’une journée de cette compétition/de cette exhibition (appelez-la comme vous voulez)? 

Là est peut-être la question de base au moment de se pencher sur ce qui est déjà en soi un réel événement du calendrier. Il n’y a qu’à voir l’engouement suscité à Prague, Chicago puis Genève, qui sera sans doute le même l’an prochain à Boston, puis certainement en 2021 à Londres, pour comprendre que le public est chaud bouillant. Il préfère cette opposition de luxe à un obscur 3e tour de Grand Chelem. C’est dire aussi comment le tennis traditionnel a du mal à se vendre. Mais là est un autre débat...

Pour en revenir à ce qui nous intéresse, la Laver Cup donc, elle a d’abord été un sujet de curiosité. Puis elle s’est vite installée comme un enjeu de divisions. Il y a en effet ceux qui adorent et ceux qui détestent. Pas de demi-mesure. Ceux qui adorent parce que les matches sont disputés, parce que les gars prennent le week-end au sérieux, parce que quelques-uns des meilleurs joueurs s’affrontent et parce que Roger Federer est derrière l’événement. Et ceux qui détestent parce qu’ils trouvent que c’est surjoué, qu’ils estiment que les matches sont truqués, qu’ils trouvent qu’il y a un gros déséquilibre entre la Team Europe et la Team Monde. Et qui détestent justement parce que le (toujours) plus grand joueur de l’histoire est derrière l’événement.

Alors non, on ne peut rien pour ceux qui n’aiment pas Federer, personnage pourtant remarquable, au-delà même du court, d’une humilité et d’une gentillesse déroutantes. Et oui, on peut effectivement être d’accord pour dire que Nick Kyrgios exagère tout ce qu’il fait, qu’il est dans le «fake». Mais n’est-ce pas justement son attitude générale, quasi hebdomadaire sur le circuit? Bref, Kyrgios y fait du Krygios, comme Jack Sock y fait du Jack Sock…

Pour le reste, on s’oppose volontiers aux autres arguments. Non, les matches ne sont pas truqués, sinon comment expliquer la rage de Denis Shapovalov et de Taylor Fritz après leurs matches perdus vendredi? Comment expliquer la détermination de Stefanos (avec un S à la fin, M. Henri Leconte) Tsitsipas pour apporter un point aux Européens? 

A l’heure de l’analyse, il ne faut surtout pas oublier que ces mecs-là, ces jeunes-là, n’ont aucune envie de se ridiculiser devant leurs idoles (Federer, Nadal...), n’ont aucune envie de se prendre une gifle en mondovision (il n’y a pas que Léman Bleu qui diffuse l’événement). Non, au contraire ces gars-là sont en quête d’une notoriété, d’un futur, en quête d’un public susceptible de les adopter dans ce qui sera tout bientôt l’ère post Federer-Nadal. Ils se doivent de réussir. De marquer les esprits. Il n’y a rien de truqué dans cette détermination, dans cette envie. Qui, d’ailleurs, n’a pas un jour rêvé d’évoluer sous les yeux et/ou aux côtés de son idole? Soyons sérieux…

Plus loin, oui il y a effectivement un déséquilibre entre l’Europe et le Monde. Mais qu’y peuvent les organisateurs sachant qu’actuellement le tennis hors Europe est à la traîne? Sachant, aussi, que Juan Martin Del Potro est blessé et que Kevin Anderson n’est plus qu’une ombre? Et puis, comme le rappelait très justement Roger Federer cette semaine, ce déséquilibre n’est-il pas appelé un jour à s’inverser? Oui, trois fois oui, et c’est aussi le charme de ces compétitions. A ce que j’entends, ils sont tout de même rares ceux qui se plaignent qu’avant chaque Roland-Garros on connaisse déjà le nom du vainqueur. Non?

Pour finir, notons que la Laver Cup, véritable spectacle qui est vendu comme tel et assume donc ce qu’il est, est non seulement une aubaine pour les détenteurs de billets, mais aussi pour les joueurs, qui la prennent comme une bulle d’air dans leur calendrier. Pendant une semaine, ils se retrouvent en effet dans une ambiance totalement opposée de celle qu’ils connaissent au long de l’année sur le circuit ATP. Celle-ci tranche avec les us et coutumes d’une saison lambda. Pas trop de sérieux, pas trop de règles, pas de punition si un mot file plus haut que l’autre. Ils peuvent se présenter décontractés sur le court. Tout n’y est que plaisir.

Alors oui, la Laver Cup mérite de vivre. Parce qu’elle nous fait voir les hommes tels qu’ils sont. Et nous montre aussi que les rivaux d’hier, ces légendes du jeu, peuvent devenir les amis d’aujourd’hui. Sans que tout cela soit du vent. 

 

Arnaud Cerutti, le 22 septembre 2019

Lien permanent 3 commentaires

Commentaires

  • Une fois de plus, cette Laver Cup, c'est n'importe quoi ! Des forfaits à gogo, des matches en 3 sets qui ont l'air truqué. Une vraie mascarade ! Tout est superficiel et faux dans cette compétition, à commencer par les joueurs qui font les acteurs et qui surjouent à donf.

  • Laver Cup exhibition ?

    Les gens ne vont pas acheter tous les billets en 2 heures pour une exhibition (Temps qu'il a fallu à Prague pour vendre les billets).
    L'ATP ne reconnait aucune exhibition. (La Laver Cup est un tournoi officiel incrite dans le calendrier de l'ATP depuis Mai cette année).
    Le public d'une exhibition ne génère pas 110 decibels lors d'un match.
    (Relevé de bruit à Genève lors du match Federer/Kyrgios selon Federer lors sa conférence de presse).
    Ce qui veut dire que ceux qui parlent d'exhibition pour la Laver Cup
    n'acceptent pas l'ajout d'un nouveau tournoi par équipes dans le calendrier ATP.
    Concernant les points ATP ce serait injuste d'en donner pour ceux qui n'y participe pas (Selon Federer).

    J'ai suivi les matches de Prague, Chicago et ce week-end Palexpo avec le même plaisir et intérêt. Longue vie à la Laver Cup.

  • Quelques rencontres de la Laver Cup étaient agréables à suivre; mais pourquoi Roberto Bautista Agut n'a t-il disputé aucune rencontre ....
    MD

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