Rafael Nadal: immense respect

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Ses larmes, touchantes, l’ont démontré dimanche soir: malgré son cuir épais et son tempérament de feu, le combattant ultime a aussi des failles et sait se laisser emporter par les émotions. Guerrier des courts, Rafael Nadal a, bien malgré lui, laissé tomber le masque après son triomphe à l’US Open, saisi qu’il s’est trouvé par la profondeur de l’instant, pris à la gorge par les «Rafa» qui descendaient de tribunes incandescentes.

Un stade entier s’est levé à sa gloire - comme jamais sans doute dans une carrière qui aurait pourtant mérité d’avoir déjà vécu tel moment - et le No 2 mondial n’a pas pu résister. Il avait déjà tant donné, pendant près de cinq heures, pour ne pas entrouvrir la porte d’un premier titre en Grand Chelem à Daniil Medvedev qu’il n’était simplement plus en mesure de résister. Cela peut se comprendre.

Rafael Nadal écrit aussi l’histoire. A sa manière. Sans le style d’esthète de Roger Federer, mais avec cette incroyable capacité, lui aussi, à se réinventer. Avec ce tempérament de feu qu’aucun autre tennisman ne possède dans le tennis moderne. Avec cette volonté, cette hargne, cette pugnacité remarquables. Il est une légende, lui aussi, qui n’a certainement pas fini de graver sa trace dans le grand livre du tennis moderne. Qui n'a sans doute pas fini de graver les sommets. Compétiteur de folie, guerrier admirable, joueur incroyable, le fier Ibère a mérité l’ovation du Arthur-Ashe Stadium comme il mérite toutes les louanges, aujourd’hui.

Dix-neuf couronnes du Grand Chelem gagnées en quatorze ans; cela pose son homme, là-haut, tout là-haut, au sommet. A une marche de Roger Federer, si proche, prêt surtout à dépasser le Bâlois et à se retrouver rapidement tout seul au-dessus des nuages. On peut prendre ici le pari que la formidable moisson de Nadal n’est pas terminée. Qu’il a, au moins, deux Roland-Garros sous les pieds. Voire un Open d’Australie et un autre US Open. Ce constat donne le vertige. Mais jusqu’où ira-t-il? Quelle est la limite? Existe-t-elle seulement pour lui?

Andre Agassi avait posé le Migros-Data à 25 ans, pour Rafael Nadal, sous prétexte que sa belle mécanique allait vite finir par se gripper. Huit ans plus tard, le «Matador» a repoussé les barrières et, mieux encore, il apparaît plus fort que jamais, plus complet que jamais. Son service est efficace, son revers est remarquable et sa volée est désormais une arme de plus ajoutée à sa panoplie. Le coup droit «lasso» n’est plus le seul objet de fascination, dans son jeu, qui a tant mûri au fil du temps.

Son tennis épate, ses capacités mentales encore plus. Ce qui est admirable, chez lui, c’est cette capacité à ne jamais rien lâcher. A se battre sur chaque point, sur chaque coup, sur chaque balle, comme si sa vie en dépendait. C’était peut-être le cas, au début, mais après seize ans de carrière et tant de millions amassés, Rafael Nadal n’a plus personne à mettre à l’abri. Il est juste guidé par la passion, mû par son plaisir du jeu. Comme Roger Federer. «Mentalement, je ne m’autorise pas à échouer», a-t-il dit dimanche soir après son quatrième succès à Flushing Meadows.

Perfectionniste à 200%, ultra exigeant, plus avec lui-même qu’avec les autres (et heureusement pour les autres...), l’Espagnol s’interdit le moindre échec. Rater est tout ce qu’il abhorre. Survoler un échange est en revanche tout ce qu’il adore. Dans son raisonnement, pour bien faire les choses, il faut parfois aller au bout de soi-même. A l'entendre, c’est même plus savoureux ainsi. Telle est sa manière de voir le monde.

Et force est de reconnaître que même s’il devait caler à 20 titres majeurs, soit autant que son meilleur ennemi (ce dont l’on doute), l’Espagnol aurait le mérite d’avoir amplement rempli sa mission. Car il est déjà allé au bout de lui-même pour en arriver là. Il est même allé au-delà de tout ce que le grand public pouvait imaginer.

Voilà pourquoi, au-delà de toutes les questions de sensibilités, de nationalités, de comparaisons, un seul mot doit être mis en valeur aujourd’hui: respect.

 

Arnaud Cerutti, 9 septembre 2019

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