Hirscher, Federer, Nadal: le début de la fin

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Marcel Hirscher a donc choisi de se retirer du sport de (très) haut niveau. A 30 ans seulement, mais après avoir tout gagné, tant gagné et avoir, très franchement, fait rêver la grande majorité des amoureux de sport. On aurait envie de lui dire «merci, champion», de saluer son parcours, son humilité, et de souligner tout ce qu’il a apporté à son sport, au sport. On le fera bien sûr, mais ce qui nous turlupine aujourd’hui, c’est de devoir accepter qu’avec ce retrait surgit inévitablement l’idée que s’enclenche concrètement le début... de la fin d’une époque, celle des géants.

Comprenez par-là que même si l’on a depuis bien longtemps rangé au placard nos rêves de gosse et nos idoles d’enfance, vient avec le clap de fin actionné par le skieur autrichien l’hypothèse qu’en s’en allant maintenant, ce bon vieux (et surtout mythique) Marcel initie la vague de départs des légendes de cette ère extraordinaire du sport que nous avons récemment traversée (et que nous traversons encore). D’où une certaine tristesse, empreinte de nostalgie, déjà, à l’heure de voir Hirscher prononcer son «auf wiedersehen». Lequel n’est que le premier de la liste…


Qui donc va dorénavant lui emboîter le pas, le suivre à l’EMS des grands palmarès, pour petit à petit anéantir nos rêveries de passionnés, d’esthètes des beaux gestes, qui se retrouveront privés d’émotions face à la nouvelle génération? L’âge, on le voit avec le skieur d’Annaberg, 30 piges seulement, n’est pas forcément le premier critère, mais imaginer que Roger Federer (38 ans) puisse être le prochain à dire stop a de quoi faire frissonner. Rien. Non, plus rien ne sera jamais comme avant, en tennis, et peut-être même en dehors des courts, une fois que le Bâlois aura rangé sa raquette au clou. Disparaîtra(it) avec lui plus qu’une légende, un mythe.

On aurait aimé le (sa)voir éternel, on souhaiterait même encore peut-être pouvoir le congeler pour que nos petits-enfants sachent ce que cela fait de vivre à la même époque que lui et de frissonner devant son tennis sans égal, mais la science n’a pas encore permis ce progrès. Il faut juste se préparer à ce qu’il y ait un jour un tennis sans Federer; un tennis sans sel, pour tout dire. Comme un gâteau sans cerise ou une invitation à une soirée grillades qui cache en réalité un barbecue vegan. L’amour sans amour, ce n’est plus de l’amour, chanteraient Les Inconnus...

Il y aura donc aussi un jour un tennis sans Rafael Nadal, un football sans Lionel Messi, un foot sans Cristiano Ronaldo. Non, les idoles ne sont pas éternelles. Mais elles finiront par gagner le respect de tous, par-delà les guéguerres intestines, les petites rivalités. Le temps n’a-t-il pas fait son œuvre, en ouvrant en grand la porte au fait qu’au lieu de comparer les géants du tennis d’un côté et ceux du ballon rond de l’autre, il valait peut-être aussi accepter et savourer la chance que nous avions d’être leurs (presque) contemporains? De pouvoir sourire avec eux, s’enflammer avec eux, mais aussi souffrir, rager, enrager, pester avec eux?


Reste qu’il est difficile d’accepter, maintenant, que le dimanche matin d’une finale d’Open d’Australie, le palpitant puisse ne plus grimper. Difficile de se dire qu’un rendez-vous de Wimbledon ne puisse plus aller tutoyer nos émotions. Bref, difficile de se dire que le classique «Fedal» ne puisse un jour plus avoir lieu et, donc, ne puisse plus accoucher de papiers de 8000 signes visant à remonter à la source, au choc de Miami, aux finales de Roland-Garros, à celles de Wimbledon ou au premier semestre 2017 avec, toujours, ce «témoin» qui nous explique pourquoi l’un est plus fort que l’autre, pourquoi dans le vestiaire l’un a un meilleur produit de douche que l’autre, pourquoi untel est plus poli que son rival car un jour il n’a pas pris de rab à la cantine du salon des joueurs... On exagère à peine, mais c’est aussi pour dire combien seuls les extraterrestres convoquent de telles comparaisons.

Celles-ci se conjuguent encore au présent, en tennis. En football aussi, bien que le passage de Ronaldo du Real à la Juventus ait considérablement modifié la face des «Clasicos».

En ski, hélas, l’opposition entre Marcel Hirscher et ses rivaux (Kristoffersen, Pinturault...) s’écrira et se vivra désormais au passé. Le chat n’est plus là, les souris dansent? Certes mais l’amoureux de sport en a gros sur la patate. Et il prie désormais pour que Federer, Nadal, Messi et Ronaldo ne viennent pas enterrer ses derniers rêves et ses ultimes émotions dans les semaines qui viennent.

Sinon quoi il n’aura plus qu’à se raccrocher à ses souvenirs qui, eux, demeurent éternels. Mais il aurait tant aimé pouvoir s’en constituer de nouveaux. Avec les mêmes acteurs. Puisqu’après tout, le sport a cela de plus que Hollywood qu’il ne fournit que très rarement des «remakes» à jeter à la poubelle.

 

Arnaud Cerutti, le 7 septembre 2019

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Commentaires

  • Il n'y a pas forcément qu'un Federer Nadal qui soit palpitant.

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