Tennis: non, une page n'est pas en train de se tourner

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Seul un seul et unique membre de l'ancien «Big Four» (Rafael Nadal) peut encore s’inviter en demi-finale de l’US Open. Mais n’allez pas pour autant croire que le tennis masculin vit sa révolution. L’heure n’est pas encore venue pour qu’une page (un chapitre, plutôt, carrément une bibliothèque) se tourne.

Andy Murray aux oubliettes, Novak Djokovic avec une épaule en vrac et Roger Federer qui a la nuque qui se dérobe; on pourrait croire que les glorieux anciens sonnent le crépuscule d’un morceau de légende de l’histoire du tennis. Qu’aux prémices de l’automne, les aînés, comme les feuilles mortes, se ramassent à la pelle. Gare! Si l’Ecossais va effectivement avoir de la peine à revenir, «Nole» et «RF» sont en revanche toujours là, même si leur fin de parcours new-yorkaise en queue de poisson a ouvert la porte à toutes les suppositions.

Federer, à force, s’est habitué aux rumeurs et aux «on-dit», puisque depuis 2007 d’aucuns se plaisent à l’envoyer à la retraite. Certes, à 38 ans, ce mal de dos chronique, qui vient se rappeler à son mauvais souvenir, est peut-être de nature à écourter les choses, mais nous n’en sommes pas encore là aujourd’hui. Quand tu passes à un point de triompher à Wimbledon, tu as des raisons de ne pas vouloir ranger ta raquette…

Eh oui, il faudra encore quelques mois, au moins, pour que la relève prenne pour de bon la place sous les sunlights. Quelques semestres, peut-être, pour que cette NextGen qui ne se gêne pas grand monde au final s'installe... Parti pour enlever son 19e titre du Grand Chelem, Nadal risque fort de le rappeler à tout le monde dimanche soir. Et si tel ne devait pas être le cas, un miracle de Dimitrov, Medvedev – ou, qui sait, Monfils? – ne serait qu’un épiphénomène sur ce circuit ATP qui ne se renouvelle pas. Comme en 2014 lorsque Flushing Meadows avait été contraint d’assister, médusé, à un rendez-vous final entre Marin Cilic et Kei Nishikori... Bref, depuis le temps que le déclin annoncé des quatre fantastiques n’intervient pas, ce n’est pas un autre US Open sortant de l’ordinaire, cinq ans après, qui va venir tout bouleverser.

Certains ont cru en Grigor Dimitrov. Il n’a rien fait – ou si peu – en huit ans. D’autres ont imaginé qu’Alexander Zverev allait débarquer comme un chien dans un jeu de quilles pour foutre le bazar; finalement, l’Allemand a perdu la boule. Dominic Thiem s’est pensé capable de chahuter tout le monde? Or, l’Autrichien ne fait trembler la terre qu’à Roland-Garros, où l’impitoyable Rafa règle à chaque fois son cas. Et ne parlons pas de Milos Raonic (qui n’a que le service), de Nick Kyrgios, de Borna Coric…Illusions gâchées au milieu d’un océan de justesse, où il en faut beaucoup pour que les patrons égarent leur toque.

Alors bien sûr, viendra un jour où, effectivement, le No 1 mondial ne sera plus né dans les années 80. Où, à côté de son nom, le qualificatif de "légende" ne sera plus accolé. Stefanos Tsitsipas, Daniil Medvedev ou Felix Auger-Aliassime seront sans doute de valeureux prétendants à la couronne. Mais ce n’est pas pour demain. Que les jeunes, aux dents longues mais pas assez aiguisées, en prennent conscience. D’ailleurs, attendez-vous déjà à ce qu’à Melbourne, en janvier prochain, Novak Djokovic, Roger Federer et Rafael Nadal polarisent les attentions.

En Australie, il sera question de records, de place de l’histoire, plus ou moins au-dessous ou en dessous des deux autres. Mais tellement plus haut que le reste du circuit. Pour l’éternité, y compris une fois que les raquettes seront rangées.

 

Arnaud Cerutti, le 4 septembre 2019

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