• Daniil Medvedev: bouffée d'air frais... et bien plus encore?

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    Il incarne la bonne bouffée d’air frais du circuit ATP actuel, le jeune joueur sans conteste le plus plaisant du moment. Daniil Medvedev s’est hissé hier soir en finale du tournoi de Cincinnati, sa troisième finale de rang, en battant Novak Djokovic, et il y a tout lieu de se réjouir de la montée en puissance du Russe de 23 ans. Garçon au jeu séduisant, l’actuel No 8 ATP conjugue qui plus est humilité et panache, ce qui ne fait surtout pas tache par les temps qui courent.

    Bien qu’il faille se garder de toute conclusion hâtive, il peut être une sorte de première réponse au «Big Three» et la véritable locomotive de cette «Next Gen» qui se gêne un peu trop devant l’idée de venir bousculer l’ordre établi. Il vaut mieux que Nick Kyrgios et ses crises de nerf un peu pathétiques. Mieux, aussi, qu’Alexander Zverev, le «successeur», qui voit les double-fautes et les semaines de «burn-out» se succéder plutôt que son tennis suivre les pas des plus grands. Un potentiel est en train de se gâcher dans les cordes de l’Allemand. Un autre se révèle à la face du monde à travers le bras droit de Medvedev. C’est beau, car «ça» joue au tennis, au vrai tennis, avec un sacré esprit d’initiative.

    La manière avec laquelle le garçon a retourné sa demi-finale contre l’ogre serbe est assez déroutante. Elle prouve que l’intéressé ne craint pas grand-chose, sinon d’échouer mieux, d’échouer encore, mais sans aucun doute pour un jour parvenir à ses fins. Sa tournée nord-américaine, avec déjà deux finales (perdues, certes) à Washington et Montréal, puis celle qui vient se dimanche soir à Cincinnati, où il a bonne chance d’empocher la mise face à David Goffin, est un modèle du genre. Infatigable, il ne court pas le cacheton, mais la victoire. Avec la manière. Comment rester insensible face à ce que propose le Moscovite? On vous retourne volontiers la question.

    Alors que se pointe l’US Open, Daniil Medvedev se mue forcément en troisième larron à suivre sur le ciment new-yorkais. Bien entendu, on le cite loin derrière Novak Djokovic et Rafael Nadal, deux ogres qui semblent destinés à se retrouver en finale, mais il a actuellement davantage d’arguments que tous les autres joueurs du circuit. Avec la confiance dans le dos, qui sait ce qu’il peut encore nous proposer…

    Subsiste toutefois une inconnue: quid de son physique lors de la quinzaine à venir? Telle est l’incertitude qui l’entoure. On ne peut en effet s’empêcher que le Russe est peut-être venu trop fort trop tôt dans ce mois d’août caniculaire. Il nous rappelle quelques-uns de ces joueurs qui ont promené un songe en été avant de voir leurs rêves être balayés à Flushing Meadows. L’histoire récente nous montre bien que, vedettes exceptées, les joueurs ayant flambé sur les tournois pré-US Open ont souvent déraillé le moment venu.

    En 2017, Grigor Dimitrov s’impose à Cincinnati et Zverev à Montréal? Droit derrière, tous deux s’encoublent dès le 2e tour à New York. En 2014, Jo-Wilfried Tsonga sort un tournoi dingue au Canada? Il part en vrille en 8es de finale de l’US Open ensuite, tout comme Raonic, lequel s’était imposé à Washington quelques semaines auparavant. D’autres sont à citer (Dolgopolov 2012, Stepanek 2011, Nalbandian 2010…) et on passe tous ceux des années 1990.  

    Deux contre-exemples sont en revanche à mettre en évidence: Gaël Monfils qui, en 2016, gobe Washington et s’inviter dans le dernier carré à Flushing. Ou, mieux encore, Marin Cilic, qui ne fait rien de bien à l’été 2014, mais s’en va remporter la quatrième levée du Grand Chelem.

    Pour avoir déjà réussi trois gros tournois cet été, Daniil Medvedev peut constituer un troisième contre-exemple, à savoir celui du mec qui assure d’un bout à l’autre de la tournée nord-américaine. C’est rare, mais ceux-là, dans l’histoire récente, se nomment Djokovic, Nadal, Federer ou Murray. Ce qui, finalement, situerait bien la nouvelle place que le Russe peut se faire dans l’histoire du jeu. Quelle bouffée d’air frais cela serait!

     

    Arnaud Cerutti, le 18 août 2019

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  • Oui, Servette est beau, mais cela pourrait ne pas suffire

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    Les productions proposées par Alain Geiger et ses hommes plaisent à juste titre aux quatre coins de la Suisse. Mais il manque un vrai truc dans les vingt derniers mètres de chaque terrain de Super League pour que la flamme devienne feu d'artifice.

    Il y a de l’enthousiasme autour, et de la vie ainsi que de l’envie sur le terrain. Oui, le Servette FC néopromu en Super League joue bien au ballon, propose du beau football, ce qui nous change de ce qu’ont généralement fait les dernières équipes montées dans l’élite du foot suisse au cours de la dernière décennie. C'est beau et cela a de quoi rendre fiers tous ceux qui sont attachés au club. Mais si pour l’heure cela permet aux Grenat de figurer dans le deuxième tiers du classement, donc parfaitement dans les clous quant à leur premier objectif de maintien, il n’est pas dit que cet esthétisme puisse porter ses fruits jusqu’au bout du bout de l’exercice. Car s’il est beau à voir, ce SFC est en revanche très limité dans les quinze derniers mètres, zone de la pelouse où il n’a pas encore trouvé son sauveur. Tant face à Lucerne (malgré la victoire) que face au FC Bâle, Koro Koné, sans vouloir l'accabler plus qu'il ne le faut, a «croqué la feuille de match», comprenez par là qu’il a manqué des montagnes qui, s’il les avait concrétisées, permettraient à son équipe de figurer sur le podium de Super League.

                On ne refera pas l’histoire des quatre premières journées, qui ont vu Servette arracher un excellent nul à YB, un autre nul face à Sion, gagner contre les Lucernois et perdre au Parc Saint-Jacques, mais on peut en revanche continuer à s’interroger sur les soucis du club pour aller chercher un attaquant digne de ce nom, alors que cela fait depuis le mois d’avril que l’achat d’un buteur est inscrit dans les priorités. Sauf que personne n’a rien vu venir jusqu’à présent.

                Pis, alors que les supporters s’impatientent, les champions de Challenge League sont allés dénicher un milieu de terrain de plus dans les réserves de l’AS Saint-Etienne. Certes, le dénommé Rayan Souici (21 ans) est un ancien immense espoir du foot français, mais rien n’indique qu’il puisse transfigurer le groupe. Il faut autre chose: un attaquant, un finisseur, qui amène du poids en attaque, du mouvement, des buts. A moins qu’en réalité Servette ne l’ait déjà dans son vestiaire?

                L’interrogation a des raisons de se pointer sur la table, puisque Mychell Chagas est resté au club. Le Brésilien, qui a si souvent sauvé le SFC la saison passée en sortie de banc, mériterait une bonne fois pour toute sa chance dans le onze de base, sachant que ni Koné ni Alex Schalk, lesquels le devancent dans la hiérarchie, ne possèdent cet instinct du buteur qui fait pour l’heure défaut à leurs couleurs. Chagas, qui ne s’est pas fait prier pour évoquer son mal-être de remplaçant dans les colonnes de la Tribune de Genève, a le mérite d’afficher ses ambitions. L’homme a du coffre, du caractère, de l’envie et il ne se cache pas. Alors autant le lancer en ouverture de match afin de voir ce qu’il pourrait avoir dans le ventre en tant que titulaire de Super League.

                Après, si Chagas déçoit, Alain Geiger se retrouverait avec des raisons valables de ne pas vouloir s’appuyer sur lui. Mais au moins faudrait-il l’avoir testé au plus haut niveau helvétique. Ou alors cela signifie que le SFC peut dénicher la perle rare dans les dernières heures de son marché estival? Doucement mais sûrement les opportunités sont toutefois en train de s’envoler. Il y a donc urgence, histoire que le beau jeu ait une cerise (un buteur) sur son gâteau. Et que Servette puisse encore davantage bomber le torse.

     

    Arnaud Cerutti, le 15 août 2019

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  • Bâle s’est ridiculisé, YB devra forcer son talent

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    Le FC Bâle n’est plus ce qu’il était. En perdition depuis dix-huit mois, incapable de produire du jeu et encore moins de se révolter, le club rhénan a sombré pour de bon mardi dernier au 3e tour préliminaire de la Ligue des champions, prenant l’eau contre la modeste formation autrichienne de LASK. Il y a encore trois ans, un tel revers aurait fait du grabuge et certainement provoqué un grand ménage au Parc Saint-Jacques. Aujourd’hui pourtant, cela passe «crème», comme si c’était dans la norme de voir le FCB se prendre les pieds dans le tapis contre une formation d’anonymes. Même l’entraîneur Marcel Koller se retrouve à pouvoir dormir sur ses deux oreilles. Les bords du Rhin, où vedettes et joueurs de caractère n’existent plus, sont devenus un long fleuve tranquille depuis que Marco Streller, le seul à provoquer encore quelques remous, en a été écarté au mois de mai dernier. A croire que le ridicule ne tue pas au cœur de l’ancienne surpuissance de Super League.

    Voilà donc pourquoi la Suisse n’aura pas deux représentants en Ligue des champions cette saison. Mais en aura-t-elle au moins un? La question se pose alors que s’approchent à grands pas les barrages pour l’accession à la phase de groupes, durant lesquels Young Boys aura du pain sur la planche. En «tirant» l’Etoile Rouge Belgrade, qui a éliminé le FC Copenhague au bout d’une interminable série de tirs au but, les Bernois n’ont certes pas attrapé le cador des cadors, mais ils sont tout de même tombés sur un os, capable de tout sur la scène européenne; du meilleur comme du pire.

    Si la crainte s’amplifie dans les rangs des champions de Suisse à mesure que le déplacement chez le «Crvena Zvezda» se rapproche (le match aller a lieu le 21 août au Stade de Suisse, le retour six jours plus tard en Serbie), c’est aussi car rien n’indique que leurs deux joyaux, Guillaume Hoarau et Miralem Sulejmani, seront rétablis pour cette double confrontation décisive face aux lauréats de l’édition 1991 de la C1. Or, sans le Français ni le Serbe - formé au Partizan Belgrade, le rival de l’Etoile Rouge - YB n’a plus tout à fait le même visage. Ses atouts offensifs sont moindres. Sa capacité à faire éclater une défense se réduit nettement. Sans compte que privé des deux fiers trentenaires, elle n’a plus la même force de caractère ni la même expérience. Et, dans un barrage comme celui qui est censé mener à la Ligue des champions, tout se complique forcément pour une formation qui a déjà perdu quelques piliers durant l’été (Benito, Mbabu, Sow, von Bergen…). Alors oui, il faudra que les patrons de la Super League signent deux grosses performances pour s’ouvrir les portes du grand monde, là où, la saison passée, ils s’étaient frottés à la Juventus, à Manchester United et à Valencia.

    Il y a douze mois, c’est déjà contre une équipe d’ex-Yougoslavie, le Dinamo Zagreb en l’occurrence, que les Bernois avaient dû batailler pour composter leur ticket à destination du cercle fermé des trente-deux meilleurs clubs d’Europe. A l’époque, c’est Guillaume Hoarau qui leur avait permis d’enfoncer les Croates. Douze mois plus tard, Gerardo Seoane se raccroche à l’espoir de voir l’ancien «Bleu» sortir de l’infirmerie pour donner sa pleine mesure contre un onze qui apparaît autrement plus solide que ne l’était à l’époque Zagreb.

    L’Etoile Rouge s’appuie sur une solide défense, emmenée par Milan Gajic (ex-Bordeaux). Elle compte aussi un excellent latéral droit (Filip Stojkovic) et un ancien prodige qui n’a jamais confirmé en la personne de Marko Marin. Présenté comme le futur du foot allemand il y a dix ans, le capitaine des «Rouge et Blanc» s’est perdu entre Chelsea et Séville. Mais il est indispensable à la bonne marche de Belgrade. C’est lui et l’attaquant Richard Bokaye qu’YB devra museler. Il en va de l’avenir du club bernois. Et, partant, de l’avenir du foot suisse.

     

    Arnaud Cerutti, 15 août 2019

     

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