Oh, Bayern, qu'as-tu donc fait de ton été?

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Pas de doute, c’est un club mythique, historique, l’un de ceux qui ont fait l’histoire du jeu et dont le nom n’échappe à personne. Mais les géants ont parfois des pieds d’argile. Le Bayern Munich, puisque c’est de lui dont il s’agit, voit ainsi son aura s’effriter à force d’être dépassé par l’émergence d’autres clubs européens au passé plus modeste. La désormais (sur)puissance des formations anglaises l’a relégué au fond du marché des transferts, sur lequel ses atouts sautent de moins au moins aux yeux des meilleurs joueurs de la planète. Ces dernières semaines ont démontré à quel point l’institution bavaroise s’est essoufflée. Elle n’attire plus vraiment le chaland.

Uli Hoeness et Karl-Heinz Rummenigge avaient pourtant prévenu: cet été devait être celui du tournant pour le «Rekordmeister», qui allait enfin claquer des millions pour modifier le visage d’une équipe vieillissante, délestée de ses légendes Franck Ribéry et Arjen Robben, tout en étant encombrée par des éléments qui n’avancent plus beaucoup (David Alaba, Jérôme Boateng, Thomas Müller…).

Or, comme sœur Anne, le fan munichois n’a rien vu venir. Ou si peu. Monts et merveilles lui avaient été promis et, à l’heure du premier bilan, et cet après-midi du 14 août, il n’a vu arriver que les internationaux français Lucas Hernandez et Benjamin Pavard – lesquels avaient tous deux signé en début d’année -, le jeune prometteur Jann-Fiete Arp et tout dernièrement le vice-champion du monde Ivan Perisic, dont l’Inter Milan souhaitait ardemment se débarrasser. C’est maigre pour un club qui dit vouloir reconquérir l’Europe, près de sept ans après sa dernière quête de la Ligue des champions.

Et en coulisses, forcément, les dents commencent à grincer. Alors certes, le Bayern a joué de malchance dans le cas de Leroy Sané, blessé à la veille de ce qui devait être son transfert pour devenir le joueur le plus cher jamais acheté par le club allemand, mais déjà le champion d’Allemagne avait enclenché tardivement son marché. Après ses emplettes défensives du printemps, la situation est restée figée. Au vrai, il a commencé à paniquer à la fin du mois de juillet en constatant qu’inexistants sont les grands joueurs à vouloir le rejoindre. Primo car il n’offre pas les mêmes salaires que les Anglais ou les autres grands d’Europe. Deuxio car plus grand monde ne l’imagine en mesure d’aller décrocher la «Coupe aux grandes oreilles» face à des escouades comme le Barça, la Juventus, Manchester City, le Real Madrid ou encore Liverpool.

C’est dingue, oui, mais on en est arrivé à un point où même le PSG, Tottenham voire l’Atlético de Madrid (le cas Hernandez fait exception) font presque davantage rêver que la magique Bundesliga. Et, partant, que le si peu dépensier Bayern. Même la pépite anglaise Callum Hudson-Odoi (Chelsea) a renoncé à poser ses crampons en Bavière. «On a besoin de renforts», s’exclame pourtant Robert Lewandowski, l’attaquant de pointe parfois trop esseulé dans le dispositif de Niko Kovac. Ce n’est pas la première fois que le Polonais sort de son silence dans la presse pour faire en sorte que ses dirigeants s’activent. En vain, jusqu’à présent. Mais peut-être sa dernière «sortie» fera-t-elle réagir ses supérieurs.

Car maintenant que la saison allemande s’apprête à s’ouvrir (c’est pour ce week-end) et parce qu’il sent dans sa nuque le souffle chaud d’un Borussia Dortmund qui a bien envie de s’offrir son scalp, le Bayern tente de donner un ultime coup de collier destiné à remodeler encore son effectif. Plusieurs noms circulent encore, comme ceux de Gareth Bale, de Steven Bergwijn, de Philippe Coutinho, de Paulo Dybala ou de Timo Werner. «Mais nous n’avons besoin de rien de plus que ce que l’on a déjà», a étonnamment glissé Kovac ce mercredi lors de la présentation de Perisic.

Une sortie qui a surpris l’auditoire, tout le monde étant bien conscient qu’en l’état, la C1 ne redeviendra pas propriété bavaroise. Ou alors faudra-t-il un miracle pour que Manuel Neuer et ses partenaires s’en aillent décrocher la «Coupe aux grandes oreilles». De celle-ci, d’ailleurs, les médias qui suivent le Bayern parle de moins en moins, par les temps qui courent. Sans doute car ils voient tous déjà la saison allemande se transformer en difficulté pour le «Rekordmeister», qui se verra sérieusement concurrencé par le Borussia Dortmund.

Après avoir manqué le titre la saison passée – on ne sait d’ailleurs toujours pas trop comment – le BvB de Lucien Favre s’est en effet admirablement renforcé pour retrouver le sommet de la Bundesliga. Les arrivées de Julian Brandt, Thorgan Hazard, Mats Hummels et Nico Schulz ont clairement redessiné le vestiaire du club de la Ruhr qui, à peu de frais, a réussi ce que son ennemi juré n’a pas su faire. Et le fait que Benjamin Pavard soit devenu l’une des figures du mercato estival du Bayern n’a pas de quoi rassurer. Le défenseur français, surcoté, reste jusqu’à présent l’homme d’un seul match, d’une seule volée, en 8e de finale de la dernière Coupe du monde. C’était il y a un an, pas un siècle, pas une éternité. Mais il doit prouver qu’il peut être autre chose qu’un défenseur du passé. Comme le Bayern, finalement, qui se doit de démontrer à ceux qui n’y croient plus que son blason peut aussi briller à l’avenir.

 

Arnaud Cerutti, le 14 août 2019

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