Rafael Nadal: too big too fail

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D’une année à l’autre, Roland-Garros a au moins le mérite de soulever une interrogation: qu’y a-t-il de plus à dire ou à écrire sur Rafael Nadal qui n’ait pas déjà été dit ou écrit? A force que tous les lundis d’après-tournoi se ressemblent - à trois infimes exceptions - les mots se répètent et tous les superlatifs sont réemployés. Cela pourrait en devenir lassant si le respect et l’admiration ne se renforçaient pas dans le même temps. Car oui, gagner douze titres du Grand Chelem est remarquable. Et triompher à douze reprises sur la même place (rouge) l’est encore plus. Surtout quand on peut légitimement se mettre à penser qu’à ses douze succès, le bougre peut en ajouter trois ou quatre autres, encore, et au minimum. Chapeau, Monsieur «Rafa»!

Bien que ses détracteurs n’en peuvent plus de passer leur début de mois de juin à le voir s’allonger sur l’ocre parisien ou croquer dans la Coupe des Mousquetaires, force est de reconnaître une bonne fois pour toutes que l’ancien No 1 mondial est un véritable monstre de son sport, une légende. La manière avec laquelle il a une fois de plus traversé sa quinzaine à «RG» est à saluer. Jamais il n’a tremblé. Ni face au vent venu s’inviter dans sa demi-finale contre Roger Federer. Ni devant Dominic Thiem après que celui-ci eut égalisé à une manche partout. Mieux, à ce moment-là, le «Matador» a donné un nouveau coup d’accélérateur, il a empêché l’Autrichien d’entrer dans le terrain, il est allé l’assommer au filet. Il n’existait pas plus belle manière de défendre son territoire et «Rafa» l’a fait en patron. C’est lui qui est allé chercher ce trophée. Personne ne le lui a donné.

Dans cette finale, la grande force de Nadal est d’avoir su se montrer plus offensif encore pour ne pas laisser le moindre doute s’insinuer dans son esprit. Comme tout au long de sa majestueuse carrière, l’Espagnol a réfléchi et choisi les bonnes options afin d’aller au bout de ses idées. Au bout du rêve. Et ce qu’il y a de formidable chez lui est de voir à quel point son jeu a évolué entre 2005, date de son premier sacre à Roland, et cette douzième couronne cueillie dimanche. «Rafa», ce n’est pas qu’un coup droit et une bête physique qui essore ses adversaires; c’est un joueur plus complet que jamais, muni d’un revers déroutant et, mine de rien, d’un service et d’une volée parfaitement à la hauteur de sa réputation. Oui, un monstre, écrivais-je.

A Roland plus qu’ailleurs, sa maestria s’exprime à merveille. Là-bas, il y est tout simplement «Too big too fail». Mais il serait injuste de réduire l’aura et le potentiel du bonhomme à ses multiples quêtes parisiennes ou à sa domination sur terre battue. Nadal va d’ailleurs tenter de démontrer qu’il vaut bien plus que cela (si certains en doutent encore) dans trois semaines à Wimbledon, puis ensuite à l’US Open. Avec, dans le viseur et quoi qu’il en dise, le record de 20 titres du Grand Chelem actuellement détenu par Federer, qu’il devrait bien finir par battre un jour. S’il dit ne pas vouloir être frustré par le fait que «mon voisin ait une plus grande maison que la mienne» (sic!), le joueur de 33 ans n’est effectivement pas loin de pouvoir concrètement bâtir de vrais châteaux en Espagne, désormais. Avec treize, quatorze, quinze titres parisiens dans sa besace?

Si le physique suit, il n’y a aucune raison que la collection ne s’agrandisse pas. Et alors reviendra la même interrogation. Que peut-on dire ou écrire de plus? Rien. Juste lui témoigner du plus grand respect et d’une immense admiration.

 

Arnaud Cerutti, le 10 juin 2019

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