Contre Nadal, mission impossible pour Federer. Sauf que...

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Les fans de tennis se retrouvent comme des gamins auxquels on aurait annoncé que Noël a lieu demain. A peine Roger Federer avait-il laissé Stan Wawrinka dans le quart de Roland-Garros que tous les yeux se sont tournés vers la demi-finale qui opposera ce vendredi le Bâlois à son meilleur ennemi, Rafael Nadal. L’affiche vaut effectivement son pesant de cacahuètes. Elle convoque autant les merveilleux souvenirs et les images de combats dantesques qu’elle laisse naître les rêves les plus fous, comme celui de voir «Papy» faire encore un peu de résistance et écrire une autre page d’histoire, à presque 38 ans, dans la droite ligne de sa somptueuse symphonie de l’Open d’Australie 2017, moment irréel qui avait rappelé la grandeur du bonhomme, dans un merveilleux ballet. Tiens, et si «RF» venait à battre enfin l’Espagnol dans son jardin parisien?

Poser la question suffit à donner l’envie d’y croire. Cela permet aussi à tout un chacun de retrouver son âme d’enfant devant le sapin en terre battue, de rêver à un «truc de fou». De croire au… Papy Noël. Oui, d’imaginer que ce vendredi 7 juin puisse devenir un moment d’éternité pour le plus grand joueur de l’histoire. Sauf que la lucidité vient bousculer tous les rêves. Certes, on aimerait bien éviter de penser que ce rendez-vous peut virer au cauchemar sur le court Philippe-Chatrier, s’insinue tout de même l’idée que ce nouvel acte de la rivalité «Fedal» a, a priori, tout pour prendre une tournure similaire à la finale de 2008, lorsque le «Maître» n’y avait vu que du jeu.

Parce que oui, encore une fois Nadal vit une promenade de santé à Roland-Garros. Parce que oui, Nadal reste l’ogre de l’ocre, imbattable et imprenable à Paris. Parce que oui, sa fraîcheur physique lui permet plus que jamais d’envisager soulever une douzième fois la Coupe des Mousquetaires dimanche en fin d’après-midi. Et surtout parce que Federer ne l’a jamais battu sur ce terrain-là, même au plus fort de son tennis. Parce que Roger a 37 ans bien sonnés et plus les mêmes jambes qu’avant. Puis parce que ce Federer, aussi fabuleux et aérien puisse-t-il encore être par moments, n’a pas toujours convaincu au filet contre Wawrinka. Or, le Bâlois ne pourra pas battre Nadal à Roland-Garros sans jouer l’attaque à outrance et, surtout, exceller dans ce rôle-là, avec une réussite maximale.

Alors bien sûr, la vérité de mardi ne sera pas forcément celle de vendredi, mais cela fait beaucoup d’interrogations pour un exploit. Difficile d’y croire, donc. Les arguments ont-ils douché les espoirs des fans du Suisse? Peut-être. Mais avec son expérience, Roger Federer est venu livrer une autre vérité mardi soir, en rappelant que les circonstances importent peu et qu’il y a toujours une chance, en tennis: «Rafael peut avoir un problème, il peut être malade… Vous ne savez jamais ce qui peut se passer

Non, on ne sait pas. C’est aussi cela qui fait le charme du «truc», d’ailleurs. Parce que même si tout nous indique que Nadal filera en finale, rien n’est encore acquis. Pour tout dire, la merveilleuse détermination et la passion qui guident encore le vieux sage bâlois – «Si je suis revenu sur terre battue, c’est pour y jouer Rafa», a-t-il dit mardi – ont l’heur de nous laisser rêveur, en ce moment. Sans doute parce que sans un peu de foi les rêves les plus fous ne se réalisent pas. Et sans doute aussi car en janvier 2017, personne n’aurait cru Federer capable d’empocher l’Open d’Australie.

A l’époque, il ne savait pas que c’était impossible. Alors il l’avait fait. Gageons que personne ne lui dira d’ici vendredi que battre ce Nadal-là à Paris est quelque chose d’irréalisable. Après tout, les fans de tennis ne rêvent-ils pas que ce soit Noël jusqu'au bout de la quinzaine?

 

Arnaud Cerutti, le 5 juin 2019

Lien permanent 4 commentaires

Commentaires

  • Superbe article, merci Arnaud pour tes commentaires toujours pertinent et excellent

  • C'est la raison pour laquelle j'aurais souhaité que Wawrinka l'emporte car son jeu est Rafa compatible. Roger est trop dans l'élégance et la fatigue se lit sur son visage.

  • Federer n'était pas au meilleur de sa forme intellectuelle pour sortit la répartie que vous citez.

  • Très bel article on veut se croire à Noël et que l'élégance et le génie l'emporte au moins sur 2 sets . Que ce soit un grand moment brillantissime de tennis

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