Servette FC: ce merveilleux supplément d'âme

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Et si le plus bel exploit de Servette était en réalité de n’avoir jamais laissé le moindre doute s’inviter à la fête? Au moment d’aller valider son accession à la Super League, son retour là où se situe sa vraie place, le club genevois s’est montré gigantesque. Parce qu’il a su s’appuyer sur cette force collective et sur cette foi qui l’animent depuis l’entame de l’exercice. Et c’est fort. Très fort.

La Ligue des champions l’a encore parfaitement démontré ces derniers jours, on a beau parler de tactique dans le football, les choses sont sans doute avant tout affaires de cœur, de générosité, de ce supplément d’âme qui fait les grandes victoires et les plus belles quêtes. Portés par ce merveilleux état d’esprit et par des combattants comme Anthony Sauthier (quel remarquable personnage!), le SFC a enfoncé Lausanne en appuyant là où cela pouvait faire mal. Même une trouée de Jeremy Frick (décisif ensuite juste avant le thé!) n’a pas contrarié l’histoire. Tout juste a-t-elle tempéré les ardeurs l’espace de quelques instants.

Mais tout est rentré dans l’ordre au fil de la soirée, comme cela était écrit depuis le début d’une journée qui a tout de même paru interminable. Comme en 1994, le 10 mai devait être jour de fête pour le peuple servettien. Il l’a été. Avec la manière qui plus est, nonobstant le manque de jugeote de pseudo-supporters ayant envahi le terrain avant même le coup de sifflet final!

Le fait que l’histoire s’écrive à nouveau était clair dès 18 h lorsque l’atmosphère a commencé à grimper aux alentours du Stade de Genève. De l’excitation et du brouhaha s’extirpait ce parfum des grands soirs, cette sensation que rien - non, rien de rien - de mal ne pouvait arriver aux Grenat. Autour de ce maillot s’était greffée cette belle attente, qui confirme que le Genevois - tour râleur puisse-t-il être - a le SFC gravé dans la peau, ainsi que l’indiquait le très beau tifo de la fière trentenaire Section Grenat. Qui confirme aussi que le Genevois, même abreuvé de football chaque soir de la semaine dans sa petite lucarne, même nourri au Real Madrid, au Barça, à la Juve ou à City, a besoin d’un club admirable sur son pas-de-porte. A besoin du Servette FC.

Hier soir, une entame de match tambour battant puis une fin de rencontre avec l’assommoir entre les mains ont donc permis de parachever l’ouvrage pour donner un peu (beaucoup) de bonheur à une République de Genève qui, par les temps qui courent, en a bien besoin. A l’ère actuelle, le blason grenat a le mérite, lui, d’être redoré...

Alphonse et Imeri, écrivais-je, ont parachevé l’ouvrage. La belle ouvrage, devrais-je ajouter! Les joueurs, il faut le dire, ont été admirables; tu ne vas pas ainsi chercher une promotion en proposant un tel football avec des mecs qui n’ont ni la tête ni les pieds. Les éléments du Servette 2018/2019 ont non seulement ces ingrédients-là, mais aussi les tripes. Leurs dirigeants aussi, qui ont reconstruit brique après brique un club en état de mort clinique. La Genève du foot peut leur tirer un immense coup de chapeau!

Elle peut faire pareil avec Alain Geiger, impeccable maître d’œuvre. Lui, l’ancien défenseur qui avait déjà vendu du rêve au fil de sa carrière, Coupe du monde 1994 et Euro 1996 inclus, a nourri d’autres songes et les a même concrétisés en propulsant Servette dans l’élite. Un an après une nomination qui en avait étonné plus d’un, le Valaisan et son staff ont fait tout juste. Quel pied de nez aux jeunes techniciens soi-disant plus à même de fédérer autour d’eux et de porter un tel projet!

Oui, la fête se doit d’être belle quelques jours encore. Chaque élément composant le puzzle servettien, en coulisses comme sur le devant de la scène, a le droit d’apprécier ces moments uniques. Bien sûr, il s’agira de vite enfiler le bleu de travail pour construire la saison prochaine. Mais après avoir été enterré par quelques vautours, Servette est en vie et bien en vie. Mieux, il a une âme et même un supplément d’âme.

Alors oui, ce matin, on a forcément envie de se dire que portés par leur formidable état d’esprit et leur foi, les Grenat ne laisseront guère davantage le doute s’inviter dans les chapitres à venir.

 

Arnaud Cerutti, le 11 mai 2019

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