• PSG, Paris Sans Grandeur

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    Allez, on ne va pas se le cacher, tant cela fait marcher les zygomatiques: il y a quelque chose de légèrement savoureux à voir le Paris Saint-Germain voler pareillement en éclats ce printemps. Parce que ce club devenu arrogant, qui dit vouloir «rêver plus grand» mais vient d’égarer la Coupe de France contre Rennes, est effectivement en train de marquer l’histoire. Avez-vous déjà vu, vous, une équipe aussi friable mentalement à travers les âges?

    On pouvait sérieusement se poser la question depuis quelques semaines, et encore plus désormais après avoir vu la manière avec laquelle, ce PSG, ce Paris Sans Grandeur, a implosé samedi soir devant les Bretons.

    Il est bien joli de rouler les mécaniques sur le territoire national et de donner des leçons mais à un moment la réalité vous rattrape: si le PSG domine globalement le foot hexagonal depuis six ans, il le doit davantage à son budget démesuré qu’aux idées des hommes qui le dirigent. Les échecs successifs sur la scène européenne ont beau avoir été des «fours» gigantesques pour Nasser Al-Khelaifi et les Qataris, le premier est toujours en place et les autres restent accrochés à leur rêve de conquérir l’Europe, sur tous les terrains, sans que personne n’arrive à leur faire comprendre que tout cela ne se passe pas comme ça, au vrai. Le recrutement va dans tous les sens. C’est pathétique.

    Ce qui est fabuleux - ou plutôt triste, pour être exact - avec le PSG, c’est que son arrogance se greffe désormais chez tout le monde. Humble à son arrivée en France, détaché de l’image qui était la sienne à son départ de Dortmund, Thomas Tuchel est devenu irascible en conférence de presse. Il cherche les mêmes excuses que son patron, se plaint des limites de son effectif.... Attachant lorsqu’il avait éclaté avec Monaco et l’équipe nationale, Kylian Mbappe a désormais un boulard pas possible. Qu’il ose s’étonner de prendre un carton rouge après un geste inadmissible en dit long sur la distance qui le sépare désormais de la réalité. Pis, la devanture du PSG est souillée par un entraîneur et un directeur sportif qui s’écharpent sur la place publique. Même une légende du jeu, Gigi Buffon, finit par craquer lui aussi tant tout va à vau-l’eau.

    Seul Edinson Cavani, lui, le guerrier qui a toujours tout donné alors que ses dirigeants l’ont systématiquement sous-estimé, reste droit dans ses bottes. Il aurait fallu qu’il puisse amener sa grinta, son intelligence, son envie de gagner, samedi soir contre Rennes. Mais Tuchel l’a trop longuement cloué au banc. Et le PSG a explosé, non sans avoir mené 2-0. Parce qu’il s’est vu trop beau. Comme souvent en Ligue des champions. À Manchester, à Barcelone, ou récemment contre Manchester. A ce rythme, la ville aura vécu plus de «Remontada» que de rassemblements de gilets jaunes…

    Ce club, qui n’avait soi-disant pas d’histoire à entendre Zlatan Ibrahimovic à son arrivée au Parc des Princes, est en train d’en écrire une légèrement pathétique. Quelques trophées nationaux se sont empilés dans son armoire, mais il s’est surtout pour l’heure constitué une étiquette de loser hors des frontières franco-françaises.

    La manière avec laquelle son football s’est délité depuis le mois de février et avec laquelle sa faiblesse mentale s’est révélée au monde entier fait peur à voir. Hormis le Brésil à la Coupe du monde 2014, mais ce fut sur un infime laps de temps, rarement les Dieux du football n’avaient vu un club s’effondrer pareillement et perdre tous ses repères alors même que voici six mois en arrière, Al-Khelaifi pensait que toutes les couronnes allaient pouvoir tenir sur sa tête.

    Ce dimanche matin au réveil, aux yeux de Hatem Ben Arfa et d’Adrien Rabiot, deux hommes écartés sans ménagement, le dirigeant qatari est peut-être un roi. Mais pas celui qu’il aurait aimé être. 

     

    Arnaud Cerutti, le 28 avril 2019

     

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  • Barnetta qui s'en va, c'est le foot suisse qui tourne une page

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    On se souvient de ses premières montées, sur le flanc droit de l’équipe de Suisse. C’était en 2002 et Tranquillo Barnetta, alors inconnu du grand public, portait le maillot de la sélection des M17. En l’espace de trois semaines, il mit l’Europe à ses pieds, en compagnie notamment de Philippe Senderos et de Reto Ziegler. C’était le temps des «Rougets», cette relève du foot helvétique qui arrivait au moment où ses aînés, qui venaient de manquer deux participations à la Coupe du monde (1998 et 2002) et une à l’Euro (2000), n’avançaient plus. «Quillo», 17 ans alors, incarnait un futur que l’on rêvait joyeux. Son visage était une sorte de motif d’espoir pour une nation qui s’était remise à manger son pain noir. Dix-sept ans plus tard, une moitié de sa vie en somme, le Saint-Gallois a confirmé qu’il allait ranger ses crampons au terme du présent exercice. Nul doute qu’avec son départ se ferme un sacré chapitre de l’histoire du football rouge à croix blanche.

    Il ne faut en effet pas oublier que Barnetta, monté d’un cran sur le terrain pour s’installer comme milieu offensif, a non seulement été l’un des rares champions d’Europe M17 de 2002 à percer au très haut niveau, mais qu’il a aussi été de quelques-unes des plus belles aventures de la Nati, entre l’Euro 2004 et le Mondial 2014. Il a par moments vendu du rêve sous le maillot national et on peut sincèrement croire que, sans les blessures qui l’ont enquiquiné au fil de sa carrière (vous rappelez-vous l’attentat sur le genou dont il fut victime en 2004 en Israël?), il aurait pu aller encore plus haut, plus fort. 

    A presque 34 ans, à l’heure d’éteindre la lumière sur sa vie sportive, «Quillo» peut toutefois s’en aller sans trop de regrets. Les beaux moments, il les a connus, avec comme plus grand fait de gloire son but contre le Togo au cœur de la Coupe du monde 2006, ce 2-0 qui validait le succès de la Suisse dans un incandescent stade de Dortmund et la rapprochait encore un peu plus des 8es de finale. Cet été là, en dépit de son raté aux tirs au but contre l’Ukraine (dont il mit longtemps à se relever), Barnetta avait donné sa pleine mesure et marqué les esprits dans un pays où il s’était installé deux ans auparavant pour donner un autre sens à sa carrière. Il fut également flamboyant douze mois plus tard en match amical à Genève contre les Pays-Bas (2-0).

    En club aussi, Tranquillo a su convaincre. Au Bayer Leverkusen d’abord, à Hanovre en prêt, puis à Schalke 04 et à l’Eintracht Francfort avant de s’offrir un exil aux Etats-Unis (Philadelphia Union). Revenu en 2017 dans son club de cœur, à Saint-Gall, il y joua longtemps les leaders avant que les problèmes ne surgissent l’été dernier, lorsque ses relations avec ses supérieurs, le directeur sportif Alain Sutter et l’entraîneur Peter Zeidler en tête, ne commencent à se détériorer. La rumeur dit même que sans eux, Barnetta n’aurait pas rangé ses crampons cette saison. «Mais j’ai besoin de couper avec le football», argue-t-il aujourd’hui.

    Avec cette décision, une page de l’histoire du foot suisse de ce début de siècle se ferme. Dans quelques semaines, Tranquillo ne sera plus qu’un souvenir. Qui ne se cantonnera plus qu’à ses premières montées, sur un flanc droit. Mais bien à quelques-uns des plus beaux moments vécus par la Nati du XXIe siècle.

     

    Arnaud Cerutti, le 25 avril 2019

     

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  • Steve von Bergen: l'adieu d'un champion

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    Il a longtemps hésité, il avoue avoir pesé le pour et le contre, s’est demandé s’il devait prolonger l’aventure encore une saison, peut-être sous les couleurs de son club de cœur, Neuchâtel Xamax, mais non; dans quelques semaines, Steve von Bergen va bel et bien actionner le clap de fin sur sa carrière. A presque 36 ans, après quatre titres nationaux et cinquante capes internationales, le défenseur de Young Boys formé à la Maladière sort par la grande porte. En champion et en patron. S’il a été bien moins médiatique que ses presque contemporains Johan Djourou ou Philippe Senderos, il n’en demeure pas moins que c’est une figure marquante du football suisse qui s’apprête à ranger pour de bon ses crampons.

    Son parcours professionnel, du FC Hauterive à la Ligue des champions avec YB en passant par le Hertha Berlin, l’Italie ou deux participations à des Coupes du monde parle pour lui. La confiance que tous ses coaches lui ont vouée aussi. «SvB» parle peu, mais parle bien. Il a parfois dérangé aussi, par son franc-parler. L'un de mes anciens collègues disaient haut et fort le détester. Sans doute car il n'avait compris que de son analyse ressortaient toujours les mots justes...

    Sur le terrain, ses pieds, son sens du placement et de la relance disaient beaucoup de ses qualités. Ce n’est pas un hasard s’il a fait partie des deux seules équipes à avoir brisé l’hégémonie extraordinaire du FC Bâle. Le FCZ d'abord. YB ensuite. Oui, jusqu’au bout, le Neuchâtelois a plané sur la Super League. Il a en outre gagné le respect au-delà de nos frontières.

    A Berlin, où Lucien Favre l’avait emmené dans ses bagages, von Bergen s’était installé avec humilité au cœur de la défense du Hertha. «Le saut était immense par rapport au championnat de Suisse», se souvenait-il récemment dans la presse dominicale. Mais il était parvenu à le faire en travaillant intelligemment, comme toujours. Pour ensuite convaincre Ottmar Hitzfeld de le lancer régulièrement en équipe nationale. Il fut notamment brillant contre la Grèce en éliminatoires du Mondial 2010 aux côtés de l’impérial Stéphane Grichting.

    Dix ans plus tard, la Coupe du monde est loin derrière mais subsistent une flopée d’excellents souvenirs. Dont les derniers, peut-être les plus forts, avec cette participation à la Ligue des champions ou ses deux quêtes nationales de rang avec des Young Boys qui sommeillaient sur plus de trois décennies de frustration. Pas de doute: avec le départ à la retraite de Steve von Bergen, la Super League vit l’adieu d’un champion.

     

    Arnaud Cerutti, le 22 avril 2019

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