Barnetta qui s'en va, c'est le foot suisse qui tourne une page

Imprimer

barnetta.jpg

 

On se souvient de ses premières montées, sur le flanc droit de l’équipe de Suisse. C’était en 2002 et Tranquillo Barnetta, alors inconnu du grand public, portait le maillot de la sélection des M17. En l’espace de trois semaines, il mit l’Europe à ses pieds, en compagnie notamment de Philippe Senderos et de Reto Ziegler. C’était le temps des «Rougets», cette relève du foot helvétique qui arrivait au moment où ses aînés, qui venaient de manquer deux participations à la Coupe du monde (1998 et 2002) et une à l’Euro (2000), n’avançaient plus. «Quillo», 17 ans alors, incarnait un futur que l’on rêvait joyeux. Son visage était une sorte de motif d’espoir pour une nation qui s’était remise à manger son pain noir. Dix-sept ans plus tard, une moitié de sa vie en somme, le Saint-Gallois a confirmé qu’il allait ranger ses crampons au terme du présent exercice. Nul doute qu’avec son départ se ferme un sacré chapitre de l’histoire du football rouge à croix blanche.

Il ne faut en effet pas oublier que Barnetta, monté d’un cran sur le terrain pour s’installer comme milieu offensif, a non seulement été l’un des rares champions d’Europe M17 de 2002 à percer au très haut niveau, mais qu’il a aussi été de quelques-unes des plus belles aventures de la Nati, entre l’Euro 2004 et le Mondial 2014. Il a par moments vendu du rêve sous le maillot national et on peut sincèrement croire que, sans les blessures qui l’ont enquiquiné au fil de sa carrière (vous rappelez-vous l’attentat sur le genou dont il fut victime en 2004 en Israël?), il aurait pu aller encore plus haut, plus fort. 

A presque 34 ans, à l’heure d’éteindre la lumière sur sa vie sportive, «Quillo» peut toutefois s’en aller sans trop de regrets. Les beaux moments, il les a connus, avec comme plus grand fait de gloire son but contre le Togo au cœur de la Coupe du monde 2006, ce 2-0 qui validait le succès de la Suisse dans un incandescent stade de Dortmund et la rapprochait encore un peu plus des 8es de finale. Cet été là, en dépit de son raté aux tirs au but contre l’Ukraine (dont il mit longtemps à se relever), Barnetta avait donné sa pleine mesure et marqué les esprits dans un pays où il s’était installé deux ans auparavant pour donner un autre sens à sa carrière. Il fut également flamboyant douze mois plus tard en match amical à Genève contre les Pays-Bas (2-0).

En club aussi, Tranquillo a su convaincre. Au Bayer Leverkusen d’abord, à Hanovre en prêt, puis à Schalke 04 et à l’Eintracht Francfort avant de s’offrir un exil aux Etats-Unis (Philadelphia Union). Revenu en 2017 dans son club de cœur, à Saint-Gall, il y joua longtemps les leaders avant que les problèmes ne surgissent l’été dernier, lorsque ses relations avec ses supérieurs, le directeur sportif Alain Sutter et l’entraîneur Peter Zeidler en tête, ne commencent à se détériorer. La rumeur dit même que sans eux, Barnetta n’aurait pas rangé ses crampons cette saison. «Mais j’ai besoin de couper avec le football», argue-t-il aujourd’hui.

Avec cette décision, une page de l’histoire du foot suisse de ce début de siècle se ferme. Dans quelques semaines, Tranquillo ne sera plus qu’un souvenir. Qui ne se cantonnera plus qu’à ses premières montées, sur un flanc droit. Mais bien à quelques-uns des plus beaux moments vécus par la Nati du XXIe siècle.

 

Arnaud Cerutti, le 25 avril 2019

 

Lien permanent 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.