Fabio Fognini, tête brûlée mais bras en or

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Pouvait-il y avoir quelque chose de plus réjouissant pour entamer cette tournée sur terre battue qu’un triomphe de Fabio Fognini à Monte-Carlo? Pas sûr! Pour tout dire, c’est un réel plaisir que de voir l’Italien au septième ciel, heureux lauréat de son premier Masters 1000, après avoir notamment dominé Alexander Zverev et Rafael Nadal au fil de son parcours en Principauté. Se trouve ici la récompense méritée d’un sacré talent. La tête brûlée au bras en or a enfin décroché le titre que son potentiel lui autorisait.

Il me paraît difficile ce matin de ne pas se réjouir de ce qui arrive à «Fogna», personnage haut en couleur, parfois décrié, mais qui fait un bien fou au circuit ATP. Il en faut en effet des types comme lui dans un univers aseptisé. Le personnage est électrique oui, mais diablement spectaculaire. Il râle parfois, souvent même, mais dit souvent les choses avec lucidité. Le rencontrer a toujours été un plaisir, et ce encore l’an dernier au Geneva Open, lorsqu’il s’était ouvert durant quarante-cinq minutes en marge du tournoi.

Derrière cette carapace qu’il s’est construite à force de coups de gueule et en surjouant parfois son «italianité» pour renforcer le cliché du «Rital», se cache un personnage au grand cœur, avec la tête sur les épaules. Touchant parfois quand il évoque sa femme (Flavia Pennetta) et son fils. «La paternité m’a changé, souriait-il. Je ne dirais pas que je suis plus calme, car cela est impossible, mais je suis plus relax». Il se montre drôle aussi, lorsqu’il parle de Roger Federer ou de sa passion pour le football.

La trentaine passée, le brave Fabio ne s’est certes pas totalement posé, en témoignent quelques-uns de ces derniers accès de colère, mais il a mûri petit à petit. «Oui, j’ai commis des erreurs par le passé, mais ainsi va la vie», me disait-il en mai dernier. Ce triomphe à Monte-Carlo n’est donc en rien le fruit du hasard. Avec le temps, Fognini grandit et son tennis aussi, lorsque le défi qui se présente à lui est énorme. Sur le Rocher, la tête dure a ainsi livré sa meilleure production au moment opportun, pour faire tomber le terrible Rafa. L’Italien a ensuite assuré dans une finale au fil de laquelle il avait pourtant tout à perdre.

Le voici tout proche du Top-10 ATP, et déjà considéré par quelques-uns comme un outsider pour Roland-Garros. Mais Fabio Fognini est bien trop lucide pour perdre les pédales maintenant. Il sait que son cerveau peut encore dégoupiller d’ici à Paris, voire carrément du côté de la Porte-d’Auteuil, où il peut tout aussi bien viser le dernier carré que s’effondrer d’emblée. «On me demande parfois si je suis fou, mais non je ne le suis pas», confiait-il encore l’an passé sur la terrasse des Eaux-Vives.

Fou non, mais talentueux oui. Surtout quand il le veut. Et ce serait fort qu’il se décide à être génial sur la durée ces prochaines semaines.

 

Arnaud Cerutti, le 22 avril 2019

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