Rafael Nadal: un seul juge de paix, Roland

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Ce regard dans le vague à chercher des réponses qu’il ne trouve pas et ces mots qui pèsent - «Je n’attendais que la fin de ce match»; «C’est ma pire performance sur terre battue depuis quatorze ans» - ont semé le doute à Monte-Carlo. Au sortir de sa demi-finales (largement) perdue contre Fabio Fognini sur le Rocher, Rafael Nadal a dégagé une impression de lassitude, une sorte de ras-le-bol alors même que tout le monde l’imaginait revenir sur ocre avec ses lifts ravageurs et sa déroutante sérénité. Seulement, rien de tout cela n’est apparu en Principauté où, s’il a tout de même atteint le dernier carré, l’ancien No 1 mondial a souvent paru bien emprunté. Pour ne pas dire mal à l’aise, tant ses coups n’ont pas «claqué» comme par le passé. Doit-on en déduire qu’il est resté réglé sur l’heure d’hiver?

Il ne sert bien sûr à rien de vouloir tirer d’hâtives conclusions, encore moins d’actionner la sonnette d’alarme au sortir du premier vrai tournoi sur brique pilée du printemps, mais force est de reconnaître que plus encore que ses performances, c’est le comportement global de «Rafa» qui étonne. Rarement le spectateur n’avait pu le voir aussi privé de mordant. Rarement le journaliste n’avait pu l’entendre aussi peu convaincant devant les micros. Lui qui, d’ordinaire, est toujours le premier à vouloir rebondir et à affirmer son désir de retourner au combat n’a-t-il pas concédé, samedi soir, ne pas être enchanté de reprendre l’entraînement après son échec monégasque?

Oui, tombé de son trône à Monte-Carlo, Nadal a pris un coup sur la tête, mais avec lui, ses adversaires doivent se méfier du retour de bâton. Il n’y a en effet jamais aussi fort qu’un champion meurtri dans sa chair et dans son amour-propre. L’Espagnol a prouvé à maintes reprises, au fil d’une carrière majuscule, qu’il sait se sortir des pires situations, même lorsque le grand public le croit sur le déclin. Sauf que là, à presque 33 ans, les données ne sont plus tout à fait les mêmes que par le passé et, qu’il le veuille ou non, l’âge commence aussi à avoir prise sur lui.

Bien que Rafael Nadal se soit parfois caché derrière des excuses, il est cette fois-ci incontestable que sa «machine de guerre», son corps, commence à tirer la langue et que ses petits bobos accumulés au fil du temps le tiraillent de plus en plus. On sait que le sport de compétition n’est pas bon pour la santé, mais la vraie question est maintenant de savoir jusqu’à quand l’actuel No 2 ATP pourra tirer sur la corde avant qu’elle ne cède définitivement. A Monte-Carlo, on l’a vu moins en jambes, moins réactif, donc moins apte à s’appuyer sur son fabuleux lift pour éreinter ses adversaires. Le vent a peut-être joué un rôle, mais il n’est pas à la base des maux connus par l’Ibère en ce début de printemps...

Parti du Rocher la mine déconfite, Nadal ne doit toutefois pas tout jeter aux oubliettes. D’une part car il n’a pas perdu contre n’importe qui - Fabio Fognini peut être un superbe joueur, quand il veut… jouer - mais aussi car la saison sur terre battue est encore longue. A Madrid ou à Rome, l’homme aux onze titres à Roland-Garros aura encore le temps de se régler, d’opérer les ajustements nécessaires, et d’engranger une confiance diabolique avant de débarquer à Paris. Où tout le monde sait bien, d’ailleurs, que seul Roland-Garros servira de juge de paix. S’il y enlève une douzième couronne, peu importe comment, Nadal demeurera l’ogre de l’ocre. Et ce qui se sera passé à Monte-Carlo sera resté à Monte-Carlo.

 

Arnaud Cerutti, le 21 avril 2019

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