Tanguy Nef: "Tout ce qui m'arrive est incroyable"

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Parmi les plaisirs qui ont été les miens au fil des quinze années passées à la Tribune de Genève figure ma rencontre avec Tanguy Nef. J’ai en effet eu la chance d’être le premier journaliste à lui consacrer quelques lignes, alors qu’il était encore très loin d’arriver en Coupe du monde. Près de trois ans plus tard, voilà le skieur genevois est prêt à prendre part aux Championnats du monde d’Are, ceci au terme de sa première saison sur le Cirque blanc. Depuis le mois de novembre et sa 11e place au slalom de Levi au terme de sa première apparition en «CDM»(!), l’enfant de Veyrier – qui étudie aux Etats-Unis - n’a cessé d’épater. Classé 13e à Zagreb, 25e à Adelboden et encore 19e la semaine passée à Schladming, il a également brillé dans les épreuves universitaires nord-américaines.

La preuve, si besoin était, que ce skieur de 22 ans est bourré de talent. Mais, mieux encore, Tanguy Nef a la tête bien faite. Il l’a confirmé au détour d’une interview qu’il m’a accordée vendredi, peu après une épreuve de géant disputée sur la neige de Stowe Mountain.

Tanguy, te voici donc prêt à partir aux Mondiaux d’Are. Franchement, si en octobre dernier on t’avait dit que tu figurerais dans la sélection helvétique pour cet événement, tu l’aurais cru?

Non, jamais je n’aurai imaginé me qualifier pour les Championnats du monde. D’une part car je découvrais ce niveau, mais aussi et surtout car il y avait beaucoup de monde devant moi dans cette très forte équipe de Suisse de slalom… Il était évident qu’avec seulement quatre places pour nous et au vu de la concurrence au sein du groupe, je ne me voyais pas à Are. 

Quels étaient les objectifs initiaux, avant l’hiver?

Je m’étais dit que, peut-être, dans un grand jour, j’aurai éventuellement la chance de vivre un Top 15, et encore. Alors tout ce qui m’arrive aujourd’hui est incroyable.

Tu as très vite dépassé toutes les attentes. Cela t’a-t-il surpris?

C’est vrai qu’à Levi, j’ai tout de suite fait fort. Là-bas, je me suis rendu compte que je n’étais pas à côté de la plaque, que tout ce que j’avais fait jusqu’ici, même sans passer par les chemins traditionnels, n’avait de loin pas servi à rien. Au départ, il est vrai que les gens ne me connaissaient pas. Ils se demandaient «qui c’était celui-là». J’étais juste considéré comme le gars de la Coupe d’Europe, et voilà que les regards ont changé.

Comment as-tu vécu les jours qui ont suivi ton retour de Finlande?

Mon résultat sur place m’avait complètement satisfait, mais je voulais toutefois continuer sur ma lancée. Sauf que l’épreuve de Val d’Isère a été annulée et que je n’ai pas été bon à Saalbach. Je me suis ensuite ressaisi à Zagreb. Certainement car j’étais parvenu à m’habituer à ce nouveau contexte de la Coupe du monde, car j’avais appris à mieux connaître cet univers, à mieux l’appréhender. Je me suis finalement bien intégré. A tel point que je me réjouis maintenant de la suite.

Le fait de figurer dans cette très belle équipe de Suisse, avec notamment Ramon Zenhäusern, Daniel Yule, Loïc Meillard et autre Luca Aerni t’a très certainement aidé…

C’est clair que cela fait du bien! J’ai profité de côtoyer mes camarades de Coupe du monde, j’ai appris à leur contact, j’ai pris des notes, aussi. J’évolue sans pression. Ce que je vis est génial. Je suis merveilleusement soutenu et entouré par Swiss-Ski et par les différents coaches.

Dans quels secteurs as-tu eu le sentiment de plus apprendre?

Je ne crois pas avoir énormément appris dans l’approche mentale des courses, car j’avais déjà ma routine, mais j’ai engrangé dans l’expérience par rapport à tout ce qui se passe autour des épreuves de Coupe du monde. J’ai aussi appris tactiquement et techniquement. Je vais emporter tout ce nouveau bagage avec moi pour la préparation de la saison prochaine. Je veux être au taquet dès le début de l’hiver 2019/2020…

Oui, mais avant cela il y a une fin de saison à vivre et surtout des Mondiaux à Are. Clin d’œil du destin, c’est dans la même station qu’il y a deux ans tu avais disputé les Championnats du monde juniors…

C’est marrant que tu me rappelles cela, car je me souviens qu’au moment où j’avais quitté la station en 2017, j’avais vu des panneaux publicitaires pour les Mondiaux 2019 des «grands». Je m’étais alors dit que ce serait intéressant d’y revenir. Mais je ne pensais pas si bien dire! D’ailleurs, je n’y avais pas repensé ces vingt-quatre derniers mois. Sauf que là, c’est devenu réel. Et c’est beau.

Connaître cette piste suédoise constitue-t-il un avantage à tes yeux?

Oui, c’est certainement un petit «plus». La neige me convient bien et, puisque j’ai beaucoup évolué depuis deux ans, je me dis que je devrai lâcher les chevaux. Je suis bien entendu conscient que seules les médailles comptent aux Mondiaux et que je ne figure pas parmi les prétendants, mais sait-on jamais… En tout cas, ce sera une super expérience pour moi, pour mon futur. Il est toutefois clair que je ne vais pas me rendre en Suède pour faire du tourisme, pour y être en vacances. Non, le but est de faire deux vraies manches pleines, sans frein à main, et de voir ce que cela pourrait donner…

Jusqu’ici quelle a été ta plus belle émotion, cette saison?

Je crois bien que c’était la course de Levi. Au départ, je ne savais en effet pas trop à quoi m’attendre. J’ai fait ma manche sans en rajouter et, en arrivant en bas, j’étais 15e. J’ai vraiment cru qu’il y avait eu une erreur de chrono. Puis, dans les secondes qui ont suivi, j’ai dû me calmer, car j’ai été rattrapé par les émotions. Ma deuxième manche a confirmé que j’étais sur la bonne voie. Je me suis alors rappelé mon parcours, celui d’un gars qui est un peu allé à contre-courant, et j’ai compris que ma saison était déjà réussie. Alors bien sûr que je dois et que je veux continuer à bosser, mais je sais désormais que le ski est là. J’en ai encore sous le pied et je suis impatient de voir ce que donnera la suite.

Dans ton parcours, il y a eu une grave blessure en 2014. Y as-tu également repensé ou préfères-tu te projeter?

Je sais que je reviens de loin par rapport à ce pépin, mais très honnêtement je ne me considère pas comme une victime de cela. Peut-être même que celle-ci m’a «aidé» à prendre des décisions, à partir aux Etats-Unis pour mes études, etc. Mon chemin n’a pas forcément été linéaire, mais je suis heureux d’être là et je me réjouis vraiment de la suite, de l’hiver suivant notamment, durant lequel je me consacrerais entièrement au ski. Car la saison actuelle, je le rappelle, est une saison de transition… A l’avenir, je pense qu’il y a vraiment moyen de faire quelque chose, comme Popov ou Noël l’ont récemment démontré. C’est aussi cela, la beauté de notre sport.

Lorsqu’on parle de slalom, on parle évidemment de Marcel Hirscher. Est-ce qu’un skieur comme toi se retrouve, comme nous tous, subjugué par ce qu’il fait?

C’est clair qu’il est très impressionnant! Le voir gagner à Schladming, dans une ambiance incroyable, était formidable. Alors oui, je suis admiratif de ce qu’il réalise. Il y a peu d’athlètes comme lui dans l’histoire. Mais je me dis aussi que Marcel reste humain et qu’il y a moyen de lui faire peur, comme l’a récemment prouvé mon pote Clément Noël.

 

Arnaud Cerutti, le 2 février 2019

 

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Commentaires

  • Bravo Tanguy, continue à nous épater!

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