• Avec Djokovic, l’histoire est à nouveau en marche

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    Novak Djokovic était-il clairement au-dessus du lot ou Rafael Nadal se trouvait-II quelques crans en deçà de ses prestations précédentes? Il y a sans doute un peu de tout cela dans la réponse apportée par le dénouement de cette finale de l’Open d’Australie 2019, mais peu importe: ce que l’on retiendra, c’est bien que le Serbe est plus que jamais revenu au sommet, en patron, assis sur un trône que lui seul mérite actuellement. Quel retour après avoir passé quasiment deux années à errer comme une âme en peine, entre désamour du jeu, petits bobos au corps et grand vague à l’âme...!

    Mais voici «Nole» désormais détenteur de trois des quatre derniers titres du Grand Chelem et sans nul doute, connaissant sa soif de la victoire, prêt à tout entreprendre pour fondre sur Roland-Garros. Musique d’avenir, cependant. Au présent, le No 1 ATP conjugue tout au plus-que-parfait; il fait tout mieux que tout le monde depuis l’été dernier. Ses défaites contre Khachanov à Bercy, Zverev à Londres et Bautista Agut à Doha sont à mettre sur le compte d’une certaine fatigue pour les deux premières et d’une préparation pas tout à fait achevée pour la dernière. Le vrai Djoko, aujourd’hui, ne peut plus perdre; il est trop fort physiquement, il frappe trop bien la balle, il est trop en confiance. 

    Voilà aussi à quoi se joue le tennis; à cette tête qui suit les bras et à ces yeux qui, mus par une foi énorme, permettent de tout voir avant les autres. Plus vite. Plus fort. Plus haut.

    Ainsi est donc Novak Djokovic à présent, auréolé de quinze trophées majeurs et si proche - cinq c’est peut-être beaucoup mais si peu vu son rendement actuel - du record de Roger Federer. Imaginer qu’il puisse un jour dépasser le Bâlois dans l’histoire n’a plus rien d’insensé. Même lui n’écarte dorénavant plus cette idée, qui aurait pu paraître farfelue voici douze mois en arrière lorsque huit unités séparaient encore deux des trois monstres du jeu. 

    Seulement voilà, le vent a tourné. Et même s’il ne s’agissait pas d’enterrer Federer comme d’aucuns se plaisent à le faire depuis... 2008, il s’agit tout de même de relever que Djokovic pareillement ressuscité a de quoi faire peur à tout le monde. Ce ne sont plus ses adversaires qui tremblent, mais les records. L’histoire est à nouveau en marche.

     

    Arnaud Cerutti, le 27 janvier 2019

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  • Svindal: la fin d’une légende

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    L’information n’a surpris personne, tant elle était attendue depuis près de douze mois; Aksel Lund Svindal (36 ans bien sonnés) va mettre un terme à sa carrière au sortir des Championnats du monde d’Are. C’est-à-dire que dans moins de quatre semaines, le Norvégien aura disparu du devant de la scène et le Cirque blanc devra poursuivre sa petite vie sans lui. Son nom n’appartiendra plus qu’à l’histoire, sagement écrit dans le Livre d’or. Le ski alpin s’en sortira, c’est certain, mais il n’empêche que cette sortie par la très grande porte va donner un petit coup de blues au circuit comme aux suiveurs.

    Simplement car Aksel Lund Svindal n’était (n’est) pas seulement un tout grand skieur, mais avant tout une légende de son sport. Peut-être qu’aux yeux du grand public, ce qualificatif n’est pas encore totalement inscrit au-dessus de sa tête, mais le temps et la retraite finiront par faire leur œuvre et par ancrer dans les esprits que le géant des Fjords est un monument, un vrai, de ceux que l’on ne peut oublier. C’est un homme de classe, aussi.

    Avec «ALS», il y a d’abord le palmarès - gigantesque - qui parle: double champion olympique, quintuple champion du monde, vainqueur de deux gros globes de Coupe du monde et de neuf petits autres... Svindal le sportif, on ne peut ainsi que le regarder avec admiration tant il a su confirmer ce qui se disait de lui il y a un poil plus de quinze ans lorsqu’il effectuait ses débuts en Coupe du monde dans le sillage de ses compatriotes Kjetil André Aamodt et Lasse Kjus, merveilleux exemples, merveilleux maîtres à penser et à tailler des courbes. C’était un talent à l’état pur, un joyau. A tel point que l’élève a fini par quasiment dépasser les professeurs et cela dit beaucoup de sa carrière stratosphérique.

    Puis il y a le personnage Aksel Lund Svindal en lui-même: intelligent, humble, gentil, posé, lucide. Le gendre idéal, en somme, au mental en béton armé, qui a plusieurs fois ressurgi de nulle part après s’être pris quelques «boîtes» monumentales, dont une qui aurait pu l’écarter à jamais des pistes, en 2007 à Beaver Creek.

    Douze ans ont passé et force est de reconnaître que Svindal le magnifique s’est relevé de tout pour écrire l’histoire à sa façon. Avec sa tête et ses deux jambes, les plus belles plumes possibles pour composer la légende du ski alpin. 

     

    Arnaud Cerutti, le 27 janvier 2019

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  • Tsitsipas: cheveux longs, talent majuscule

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    Voilà, Roger Federer est passé à la trappe à l’Open d’Australie, sans même avoir eu le droit de pointer son nez en deuxième semaine. Il s’est retrouvé loin, très loin, ses quêtes de 2017 et 2018. Et si son

    improductivité en coup (mala)droit et toutes ses vendanges sur balles de break (comment ne pas nourrir des regrets sur cette fin de deuxième set complètement gaufrée?) peuvent largement expliquer cette triste sortie de route en 8es de finale, il faut surtout relever les mérites de son bourreau, Stefanos Tsitsipas. Le Grec, genre de grand corps dégingandé façon Gustavo Kuerten, n’a-t-il pas livré une grosse performance en n’hésitant jamais à prendre le Bâlois à la gorge pour signer ce crime de lèse-majesté?

     

    Impressionnant de détermination, de puissance mais également d’intelligence, le joueur de 20 ans a signé ce qui est jusqu’ici le plus bel exploit de sa carrière, pas le dernier sans doute. Sa victoire sur le «Maître» n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de... Federer sur Pete Sampras à Wimbledon en 2001. Et pas seulement parce qu’il porte lui aussi un bandeau et une longue toison!

     

    Sous ses cheveux longs, Tsitsipas n’a pas les idées courtes, bien au contraire. Comme le Bâlois il y a de cela dix-huit ans (déjà!), il a fait preuve d’une réelle (et admirable) audace pour aller chercher un match qui n’était surtout pas gagné d’avance. En coup droit comme en revers, il a décoché des frappes venues d’ailleurs, dont quelques savoureux passings. Chapeau!

     

    Pour la première fois, «Tsipi» s’invite ainsi en quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem, et quelque chose nous dit que s’il parvient à garder la tête froide dans les quarante heures à venir, il peut tout à fait enchaîner en s’offrant Roberto Bautista Agut pour prolonger la belle aventure jusque dans le dernier carré. Peu importe d’ailleurs ce qu’il adviendra du Grec, on est persuadé que Melbourne assiste à la naissance d’un futur grand champion. 

     

    Avec Alexander Zverev et Daniil Medvedev, Tsitsipas nous paraît en effet être, de tous les membres de la «NextGen», celui qui possède à la fois le plus gros potentiel et encore la plus grande marge de progression. Attention danger, donc, pour les cadors!

     

    Il est déjà clair que si le bouleversement de la hiérarchie et le changement d’ère du tennis mondial interviennent avec des gars comme ça, au jeu offensif et intéressant, on prend volontiers. Même si c’est pour déboulonner Roger.

     

    Arnaud Cerutti, le 20 janvier 2019

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